Psychologie clinique
Psychologie du travail - Clinique de l'activité
Psychothérapie, psychodynamique
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- La trace comme rempart et l'écriture pour assurance
Psychologues-et-Psychologies n° 261, avril 2019 : Épidémie de souffrance au travail ! Article disponible sur le site Psychologues-et-Psychologies. La prise en charge de la souffrance au travail ne cesse de s’étoffer et de se diversifier (avec la formation de primo intervenants, de psychologues cliniciens et du travail, d’associations, de centres spécialisés et autres plateformes…). Pour autant les vagues d’épuisement, de dépression jusqu’au point de non-retour du passage à l’acte suicidaire et impactant toutes catégories socio-professionnelles tels les agriculteurs, les policiers ou les médecins continuent comme une traînée de poudre. Le début de l'article : Pour les dirigeants, écrire est une assurance. Cela sert à rendre compte, vérifier, évaluer, performer. Une revendication des hiérarchies voulant conduire leurs services comme on pilote un avion sans regarder derrière. Pour eux, la traçabilité a le sens d’une preuve du travail effectué et œuvre contre l’accusation éventuelle d’un manquement institutionnel (notamment dans le médicosocial). Pour les subalternes, l’écriture est un rempart pour résister aux injonctions contradictoires, délirantes ou illégales. Car il s’agit de se prémunir des dysfonctionnements de l’organisation d’une entreprise quand elle pique du nez. Le paradoxe étant que ceux qui sollicitent des écrits au nom de la trace, ne les supportent pas quand ils servent de témoin. Or, la force de l’écriture, c’est sa transcendance et son immanence. Elle est donc un enjeu. Selon le grade, elle est exigée ou récusée. Quand il s’agit de préserver les intérêts d’une structure, elle est requise. Quand il s’agit de maintenir un rapport de subordination, elle joue le rôle de domination. En revanche... La suite sur le site du SNP Psychologues-et-Psychologies n° 261, avril 2019 : Épidémie de souffrance au travail !
- L'accès au soin psychique en France
Il est de plus en plus difficile d’accéder à des soins psychiques. Les Assises citoyennes du soin psychique en ont débattu les 11 et 12 mars 2022, à la Bourse du travail, Paris 3e. Extraits : L’accueil, l’écoute, le soin des personnes en souffrance psychique restent ignorés par les pouvoir publics. Les patients souffrent de la discontinuité de leur prise en charge et de sa déshumanisation galopante. Signes manifestes de cette mauvaise pente ? Des psychothérapies en 8 séances, un surcroit de prescription de médicaments, une montée en force des techniques : conditionnement, éducation et rééducation adaptatives, stimulations cérébrales… Les patients doivent se conformer aux protocoles standardisés, enjoints à bien « gérer » leur « capital santé mentale », ce qui produit de la culpabilisation. Les professionnels, de plus en plus contraints par les outils numériques sont amenés à devenir les « producteurs » de soins, dont le flux est soumis à une accélération et un turn-over imposé. Perte de sens et souffrance au travail assurées. Cela déstabilise la continuité des soins par essence nécessaire à toute construction individuelle et tout soin adapté. Le champ du soin psychique spécifiquement humain est fondé par la conception dynamique du psychisme, par le savoir bio-médical, mais aussi l’anthropologie, la sociologie, la philosophie… Depuis quatre décennies il ne cesse d’être soumis à une déconstruction des savoirs et des savoir-faire au profit d’enjeux strictement économiques orientés vers la privatisation de la santé publique et du champ social. Tous les métiers en charge de l’humain sont touchés. Depuis 10 ans, le soin psychique s’est appauvri sous influence des lobbies porteurs des conceptions mécanistes du psychisme humain, soutenant des objectifs économiques hostiles à la temporalité des soins relationnels, institutionnels et à l’apport des conceptions psychanalytiques à la psychiatrie et au médico-social. Le médico-social est progressivement vidé de sa substance pour se transformer en plateformes évaluatrices et discriminantes ou en équipes mobiles destinées à soutenir les enseignants censés désormais se charger des jeunes laissés sans soin. Les structures se transforment en dispositifs au nom d’une politique soi-disant inclusive et cachant mal ses objectifs économiques. Des îlots de résistance et de créativité existent où c’est possible pour des soins intégrant les dimensions bio-psycho-sociales de la personne. De nouvelles initiatives pour prolonger la dimension relationnelle du soin tout en respectant la temporalité de chacun. Pour aller plus loin.
- 28 avril 2022. Journée internationale de la sécurité et de la santé au travail
Le 28 avril a été choisi par l’OIT (Organisation Internationale du Travail) pour rappeler au monde l’enjeu de la santé et la sécurité au travail et l’importance de la prévention des risques professionnels. En France, plus de 1000 accidents mortels du travail et de trajet sont recensés chaque année pour les seuls salariés du régime général, sans compter les accidents du travail non recensés des fonctionnaires, des indépendant-es et auto-entrepreneur-ses, des travailleur-ses détaché-es, des livreur-ses et des plateformes. Sans parler des morts liés à des maladies d’origine professionnelle. Citons seulement les 3000 décès par cancer et par an dus à l’amiante, la plupart non reconnus. Sans parler des centaines de milliers de victimes qui traînent des séquelles à vie. Sans parler enfin des innombrables dépressions et suicides d’origine professionnelle, presque jamais reconnus non plus. C’est une hécatombe qui, année après année, décime le monde du travail. Les personnes mortes au travail ne sont pas victimes de la malchance, mais d’un système d’exploitation. Le profit passe toujours avant l’humain. 12h00 : Rassemblement unitaire devant le Ministère du Travail, angle rue de Grenelle / Bd des Invalides, M° Varenne. 15h00 : Rencontre à la Bourse du travail (salle Henaff, 29 boulevard du temple, M° République), avec Véronique Daubas-Letourneux, auteure de «Accidents du travail. Des morts et des blessés invisibles». Appel soutenu par les organisations URIF-CGT, Solidaires, FSU IDF, Fédération de la Chimie CGT, Fédération de la construction CGT, Fédération des travailleurs de la Métallurgie CGT, Solidaires 75, Sud Industrie Francilien, Union Fédérale Sud Industrie, Cordistes en colère, Association Henri Pézerat, ATTAC, Fondation Copernic. Contact : mobilisation28avril@gmail.com
- Souffrance au travail : le silence des managers
Pression, hyperconnexion, tiraillements éthiques... La souffrance au travail n'épargne pas les managers, mais ils s'astreignent plus souvent au silence, avec l'idée qu'en parler "serait avouer ne pas être à la hauteur". (...) Pour Anne Serça-Tassy, médecin inspecteur du travail, invitée d'un webinaire organisé par le magazine français Santé au travail, la spécificité de la souffrance de l'encadrement est qu'"il y a cette "impossibilité d'en parler". "Ils ont du mal à prendre rendez-vous auprès du médecin du travail, à prendre un arrêt de travail. Il y a une espèce de déni des signes d'alerte", dit-elle. (...) La pandémie de Covid-19, et les confinements - qui ont dégradé la santé mentale, ce qu'a encore pointé l'OMS tout récemment - ont à ses yeux "accéléré" les mouvements en cours. Ils ont fait prendre "conscience du travail utile", mais aussi pour certains managers de "l'inanité de leur travail": avec par exemple le constat qu'un Power point en retard "n'allait pas changer la face du monde". "Même si les choses reprennent, évidemment (...) cette prise de conscience a été forte" avec "quand même une blessure", dit-il. Alors, quelles solutions? A ses yeux, "ce sont les collectifs qui sauvent les managers" en apportant des "ressources de résistance", que ce soient les collègues ou des appuis à l'extérieur, tandis qu'à l'inverse, "les résistances individuelles mènent à des tragédies ou des impasses". Lire l'article entier sur le site : Tendances Trends
- Le travail, un refuge pour oublier ses problèmes persos ?
Un article de Coline de Silans en période de confinement pour le site Welcome to the jungle paru le 10 novembre 2020. Des témoignages et quelques réponses formulées avec ma collègues la psychologue Gabrielle le Gall. Le travail, et ce qu’il représente pour chacun d’entre nous, a beaucoup été questionné pendant le premier confinement. Pour certains, il est simplement un moyen de gagner sa vie. Pour d’autres, il est une source de reconnaissance. D’aucuns y trouvent une façon de se rendre utile à la société quand d’autres, enfin, y trouvent refuge quand leur vie personnelle devient trop difficile à gérer. Et inutile de se mentir, entre le confinement bis et l’avalanche de mauvaises nouvelles, se réfugier dans le travail est parfois bienvenu. Se “surinvestir” dans le boulot peut nous permettre d’oublier temporairement les galères quotidiennes, mais aussi nous procurer un certain épanouissement, un sentiment d’utilité parfois compliqué à trouver hors de la sphère professionnelle. De là, est-ce que trouver refuge dans son travail est forcément un mal ? À quel moment ce comportement peut-il devenir dangereux, et comment trouver un juste équilibre ? Pour le savoir, nous avons discuté avec des profils qui ont tendance à adopter cette attitude, momentanément ou de façon plus diffuse, ainsi qu’avec deux psychologues cliniciens du travail, qui nous ont permis d’éclaircir ces questions. Une attitude qui peut être constructive… Travailler plus pour ne pas ruminer Quand nous rencontrons des problèmes personnels, se réfugier dans le travail pour s’occuper l’esprit et ne plus avoir à penser est assez tentant. Ce fut le cas pour Louison, qui, suite au décès de sa mère, a mis les bouchées doubles au boulot. « J’ai perdu ma mère alors que je ne m’y attendais pas du tout, en plein confinement. J’avais énormément de mal à accepter le deuil. Quand je suis revenue de ma semaine de congés, j’étais en mode bête de guerre, j’ai voulu occulter tout ce qui s’était passé, je ne voulais pas qu’on me parle de ça. On vivait une période charnière pour l’avenir économique de l’entreprise, donc m’investir à fond n’a pas été difficile. Je voyais le travail comme une solution pour masquer le problème : vu que mon esprit était occupé, je ne pensais plus à tout ce que le décès de ma mère impliquait. » Travailler plus pour ne pas ruminer des pensées noires est une solution qui peut sembler bancale. Mais selon la psychologue clinicienne spécialisée Gabrielle le Gall, s’immerger dans le boulot temporairement pour oublier ses soucis peut parfois être salvateur, et n’est pas nécessairement négatif. « Sur le moment, s’investir dans le travail peut être constructif, cela peut aider à faire face à une difficulté », explique la praticienne. S’occuper l’esprit en travaillant deux fois plus qu’à la normale peut ainsi nous aider à surmonter un obstacle que nous n’arrivons pas à gérer frontalement. C’est une façon de se donner du temps, en attendant que notre mental soit prêt à digérer ce qui est arrivé. C’est aussi la stratégie qu’a adoptée Philippine, avocate, suite à une rupture amoureuse qu’elle n’arrivait pas à surmonter. « Quand on s’est séparés avec mon copain, j’étais à temps partiel. J’ai immédiatement demandé à repasser à temps plein, et ça a été une véritable échappatoire, je me suis jetée corps et âme dans mon travail. C’était tout à fait assumé, j’ai même prévenu ma boss en lui demandant qu’elle me donne un maximum de boulot. » Outre le fait qu’il occupe l’esprit, le travail a aussi comme vertu de nous raccrocher au concret, au pratico-pratique. « Souvent, on se réfugie dans quelque chose qui nous ancre dans le réel, analyse Lionel Leroi-Cagniart, psychologue et clinicien du travail. Il nous faut nous raccrocher à quelque chose de concret pour pallier une situation à laquelle on ne trouve pas de réponse. Il ne s’agit pas forcément de se réfugier, mais plutôt de se reconstruire. On est dans le ressenti : on se concentre sur la satisfaction qu’il y a à effectuer telle ou telle tâche, tandis que ce qui nous attend à côté, pour l’instant, on ne sait pas le gérer. » “Se donner” au travail quand on a besoin de s’aérer l’esprit permet de ne pas ruminer des pensées anxiogènes, pour ensuite analyser avec plus de sérénité nos problèmes personnels. Travailler pour se sentir bien Pour certains, se réfugier dans le travail... Lire la suite sur le site Welcome to the jungle.
- Vague de chaleur : quels sont les droits des salariés quand les températures s'emballent ?
L'employeur doit "protéger la santé" des salariés "Quand il commence à y avoir de fortes chaleurs, il faut que l'employeur intervienne. Il a l'obligation d'être vigilant", souligne auprès de franceinfo l'avocate Laure Germain-Phion, spécialiste du droit du travail. Comme le rappelle le ministère de l'économie, "le Code du travail dispose que l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé de ses salariés en y intégrant les conditions de température". Plusieurs mesures sont applicables : les salariés doivent avoir facilement accès à suffisamment d'eau fraîche et potable, les locaux doivent être bien ventilés, les stores et dispositifs d'aération doivent fonctionner correctement. La température des bureaux doit être régulièrement surveillée, et ces locaux doivent être évacués en cas de température intérieure dépassant 34 °C. L'employeur a, en outre, pour obligation d'"informer tous les salariés des risques, des moyens de prévention et des signes et symptômes du coup de chaleur". Il s'agit, poursuit Bercy, d'ajouter "les risques liés aux ambiances thermiques" dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (Duerp). Lire l'article entier sur le site de France Info
- Qualité de vie au travail dans les EHPAD et autres établissements médicosociaux
Comment mettre en place et financer des actions de prévention et d'amélioration de la qualité de vie au travail au sein des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), des services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD), des services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) et des différents établissements destinées aux personnes en situation de handicap ? Afin d’apporter des réponses rapides aux gestionnaires, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a conçu deux brochures concernant les établissements relevant du secteur privé et du service public. Des documents sont mis à la disposition des directions d'établissements par le Ministère de la santé et de la prévention et du Ministère des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées. Ils permettent notamment de se repérer dans l’offre de financement d’actions auprès des professionnels et de financement d’actions de prévention, de matériel, de formation, expérimentations ou encore appui méthodologique. Le psychologue du travail, professionnel des organisations, peut être un intervenant de choix dans ces actions de prévention et de formation. Spécialiste des risques psychosociaux, il peut mener des actions sur la durée et permettre des transformations en profondeur au service des coopérations en développement. Accédez aux brochures en lignes
- Sourions (?) de la tendance des jeunes à vouloir des relations normées au travail...
Quand des journalistes s'intéressent aux difficultés des entreprises à recruter en ce moment, ils semblent découvrir que des jeunes ne veulent pas, comme le vécurent leurs ainés, être mal traités au travail. Comme si le sens, le respect, la valeur, l'éthique au travail et la légalité devraient s'absenter du raisonnement. Merci au magasine Le Point le 30 juin 2022, au Figaro Magazine du 1er juillet 2002 et au Canard Enchaîné du 6 juillet 2022 de nous permettre de nous rappeler quelques fondamentaux.
- Informer le salarié : une obligation légale mise à jour en 2022.
Voici la liste des obligations d’affichage et de diffusion actualisée en 2022, à mettre en place à partir du premier salarié, pour toutes les entreprises, commerçants, artisans, associations. - Informations : Inspection du travail, Médecine du travail, Texte conventionnel applicable, règlement intérieur à partir de 20 salariés, etc. Article R2262-1 et autres - Affichage spécifique CSE (11 salariés et plus) Article 2311-2. - Harcèlement moral et sexuel (actions contentieuses civiles et pénales). Loi 2018-771. - Affichage des numéros d'urgence (+114). Article D4711-1. - Informations : Lutte contre les discriminations, Affichage numéro de téléphone Discriminations Infos Service. A afficher à la porte ou se fait le recrutement. Article 225-1 et autres - Egalité professionnelle entre hommes et femmes Article L3221-1 et autres - Affichage des consignes de sécurité selon le droit du travail. Article R4227-1 et autres - Affichage de l’Interdiction de fumer et de la Zone fumeurs. Article R.3511-1 et autres - Affichage Ordre des départs en congés. Article D3141-6. - Modalités d'accès au DUERP. Article R4121-1 et autres Ces obligations d'affichages ne concernent pas les auto-entrepreneurs. Plus de précisions sur le site JuriTravail
- Le burn-out vu du chômage
Une analyse claire sur le rapport entre chômage et burn-out. Par Éric Hamraoui, Dominique Lhuilier, Katherine Portsmouth, Anne-Marie Waser publiée par La revue française de service social n°283. En croisant trajectoires professionnelles et de santé, les auteurs cherchent à la fois à explorer les nouages sociopsychiques combinant sursollicitations et surengagement qui conduisent à l’épuisement professionnel, et à repérer l’impact réciproque du burn-out et de l’expérience du chômage. […] Extraits : Introduction La littérature scientifique, mais aussi les médias accordent une place de plus en plus grande au burn-out. Ce syndrome d’épuisement professionnel est repéré comme étant celui qui augmente le plus dans le champ plus global de la souffrance psychique au travail en France, et le développement du télétravail, associé à la crise sanitaire, a encore renforcé la place du burn-out parmi les préoccupations de santé publique. Depuis qu’il a été décrit par Freudenberger, le burn-out pose de nombreuses questions et divise les professionnels de la santé mentale. La définition qui prédomine le caractérise comme un état d’épuisement ayant trois dimensions : l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et le sentiment de manque d’accomplissement au travail. Les controverses scientifiques portent sur l’étiologie du burn-out et notamment sur la part respective des contraintes de travail, de la personnalité du sujet et des conflits de l’espace privé. Les recherches sur l’épuisement professionnel se sont beaucoup centrées sur certains groupes professionnels, et peu prennent en compte les histoires de vie. Quant aux travaux sur burn-out et chômage, leur nombre est très faible. […] La fabrique du burn-out. […] ... le burn-out est moins le révélateur d’une fragilité personnelle différentielle que symptomatique de profondes transformations du monde du travail, associées à un déni de la vulnérabilité ontologique, une occultation des limites. Les sursollicitations dans les situations de travail sont à mettre en perspective avec les transformations du travail. Intensification, précarisation et individualisation du travail contribuent tout à la fois à accroître les exigences du travail et à réduire les ressources pour y faire face. À ces grandes évolutions s’ajoutent de nouvelles méthodes de gestion et de management qui sollicitent et valorisent disponibilité, engagement, adaptabilité et performance. En outre, dans de nombreuses situations de travail, l’idéal semble devenu la norme. La promotion de l’initiative, de l’autonomie et de la responsabilité suggère que les appuis doivent être trouvés sur les ressources propres de chacun. Nous pouvons aussi observer parfois la coexistence d’un syndrome d’épuisement professionnel et d’un état de stress post-traumatique (agressions psychiques répétées, effet cumulatif) : le harcèlement moral peut prendre la forme d’une mise en échec du salarié par surcharge de tâches ou prescriptions de tâches qui ne correspondent pas à ses compétences, à sa formation. […] […] ... l’hyperactivité peut traduire les efforts considérables déployés pour produire un travail de qualité alors que les conditions pour ce faire ont disparu. […] Dans les temps longs (en moyenne environ trois ans) qui précèdent l’effondrement, nous retrouvons toujours un déni ou une euphémisation des signes d’alerte, le désir de cacher ses difficultés, ses affects (« ne pas s’écouter »), mais aussi des tentatives de régulation de la charge de travail échouées : par défaut de collectif de travail, du fait de la distance au travail réel de l’encadrement, dans le cadre d’un bras de fer avec le harceleur qui construit les conditions d’une mise en échec, ou du fait d’une absence de marge de manœuvre permettant de construire un travail soutenable. Le burn-out apparaît comme une « pathologie de surcharge, certes, mais aussi, d’une certaine façon et trop souvent, [une] pathologie de la solitude ». Le présentéisme (aller travailler en étant malade) vient retarder le diagnostic, et l’extraction de la situation de travail (arrêt maladie) pour rompre la dynamique mortifère semble inenvisageable. S’arrêter pour pouvoir recommencer à penser est justement impensable, car à partir d’un certain niveau d’intensité ou d’extensivité (le travail envahit toutes les autres sphères de vie), l’activité érode la subjectivité. Aussi, ce sont des effondrements ou des événements comme accident du travail, accident vasculaire cérébral (AVC), infarctus, perte de connaissance, explosion d’agressivité, épisode de sidération anxieuse ou confusionnelle… qui viennent faire rupture. Le burn-out au chômage Le burn-out peut être également une conséquence du chômage : nous pouvons comparer le processus de la recherche d’emploi à celui du burn-out (enthousiasme, stagnation, frustration, apathie). La quête d’un emploi mobilise, en effet, souvent une énergie comparable à celle déployée dans une activité précédemment exercée, au point de brouiller quelquefois les lignes entre activité professionnelle et chômage. […] Immobilité ou reconstruction : rôle de l'accompagnement. L’accompagnement de groupe ne s’oppose pas aux accompagnements individuels. Cependant, il offre d’autres ressources. Le groupe de pairs permet le partage de souffrances et la levée de l’isolement dû à l’incompréhension de cette souffrance de la part de l’entourage. Il permet de dire ce qu’on ne peut pas dire ailleurs, et d’être entendu sans avoir à se justifier ni à faire la preuve de son mal-être. […] En s’appuyant sur la définition de la santé donnée par Georges Canguilhem : « Je me porte bien, dans la mesure où je me sens capable de porter la responsabilité de mes actes, de porter des choses à l’existence parce que je peux créer entre les choses des rapports qui n’existeraient pas sans moi », il s’agit d’inciter les participants ayant connu un burn-out à une reprise d’activité leur permettant de retrouver une place qui les engage dans des interactions sociales génératrices d’énergie vitale. Cependant, pour sortir de l’isolement, du repli sur soi, du « rien faire pour ne rien risquer », d’une estime de soi au plus bas dont souffrent la plupart des participants en burn-out, deux temps sont nécessaires : un temps d’exploration de son passé, un temps de construction d’un avenir compte tenu de son passé. […] Si le groupe oblige à contenir son émotion, il invite aussi à expliciter la situation afin d’explorer ensemble ce qui s’est passé et d’établir des liens. Ce travail d’analyse des processus conduit à pointer les responsabilités individuelles, collectives. […] Le second temps est celui d’une prise de conscience que leur avenir se construit compte tenu de leur passé. Blessures narcissiques, sociales, absence de place, maladies chroniques ne peuvent être reléguées aux oubliettes. À partir des compétences, expériences, capacités, envies de chacun des participants, d’une analyse de l’état du marché de l’emploi, ils sont invités à élaborer ce qui pourrait être de nouvelles normes de vie. « Compte tenu de la situation dans laquelle je suis, de mon état de santé, qu’est-ce qui est bon pour moi ? » Cette posture est rarement adoptée tant le rapport aux normes sociales est fort. Elle relève pourtant d’une prévention primaire de sa santé qui vient pallier le manque, voire l’absence, de régulations collectives au travail. […] Il s’agit pour chacun de trouver/créer des conditions de travail en accord avec ses normes, et de garder le contrôle de son investissement au travail : « C’est la santé d’abord. » La revue française de service social n° 283
- Psychologie de la papouille (1)
Le Canard enchaîné du 22 juin 2022 nous gratifie d'une observation redoutablement pertinente. Plongée dans les affres de la "qualité de vie au travail"... vue de travers... à l'hôpital Saint-Louis à Paris. Et ailleurs, hélas.
- Les psychiatres survivront-ils au néolibéralisme ?
Remplacez psychiatre dans le titre par n’importe quelle fonction et voyez comme la démonstration tient la route… La question posée par Christophe Dejours en 2016 est toujours, sinon plus, d’actualité. Voilà une réflexion éminemment actuelle. Il parle de la situation des psychiatres et des psychanalystes en souffrance dans les structures où ils travaillent. Christophe Dejours détaille les mécanismes à l’œuvre qui décomposent les équipes de soin. Il explique pourquoi et comment le New public management s’installe à la table des théories à la solde du néolibéralisme. Et ce qui est magique avec ce professeur, c’est la clarté de la démonstration illustrée. Une réflexion fondée sur l’expérience incarnée. Ce qu’il rapporte des méthodes à l’œuvre vaut pour nombre de professions et d’entreprises. Les cadres et autres employés, même hors du soin, reconnaitront les moyens mis en place par les nouveaux inféodés à la cause néolibérale. La psychiatrie survivra-t-elle au néolibéralisme ? La psychiatrie pourra-t-elle encore soigner ou traiter. Ce problème concerne la psychiatrie, mais aussi les autres domaines de la médecine. Pour tenter de donner un point de vue sur l’impact du néo-libéralisme en psychiatrie, il est utile de passer par la clinique et de remonter par voie rétrograde vers l’analyse que, nous psychiatres, pouvons ou devons faire du néolibéralisme. Analyse qui n’est pas forcément congruente avec celle qui nous est donnée par ceux-là qui la promeuvent, à savoir les économistes néo-classiques et les gestionnaires. Lire la suite pour comprendre et résister : Les psychiatres survivront-ils au néolibéralisme ? de Christophe Dejours, Le Carnet PSY 2016/8 (N° 202)
- La Grande Sécu que nous voulons
Revue Pratiques. "Cahiers de la médecine utopique" n°97. Avril 2022 Les arguments développés dans ce numéro permettent à chacun de comprendre les enjeux, les positions, les postures. Ils fournissent des arguments tant économiques que sociaux pour se faire une idée juste de ce bien commun en passe d'être vendu au plus offrant... Quelle Sécurité sociale devons-nous défendre pour que notre conception de la santé progresse ? Cette question est partie de la déclaration du président de la République (décidément, il nous inspire…) qui avait déclaré face à la crise du système de soins aggravée par la pandémie : « Il faut sortir la santé du marché ! ». Nous sommes à 100 % d’accord avec cette option… Le ministre de la Santé nous a fait la surprise de proposer une Sécu à 100 %, en pleine cohérence, selon nous, avec un début de sortie du marché. Las, le tollé des assurances a eu vite fait de désamorcer la proposition, mais nous a donné l’occasion de réfléchir à cette Grande Sécu que nous considérons comme parfaitement désirable, légitime et, qui plus est, moins coûteuse. En effet, notre adhésion à ces déclarations repose sur le fait qu’une telle réforme ferait économiser des sommes conséquentes aux Français et, de surcroît, permettrait aux plus pauvres de n’avoir plus à renoncer aux soins. Cependant, nous ne sommes pas naïfs et restons vigilants aux questions que soulève un tel projet dont l’énonciation ne saurait être exhaustive. Nous souhaitons en profiter pour restaurer la valeur d’égalité inscrite au fronton de nos institutions. Comment alors redéfinir des principes de fonctionnement plus justes qui ne soient pas dictés par les lois du marché, ni par des administratifs sans âme pilotés par un gouvernement sans boussole ? Comment et par qui envisager une gestion saine et démocratique d’un tel budget face aux prédateurs financiers toujours à l’affût du pactole ? Il faut redéfinir les soins remboursés, négocier les choix et les coûts des médicaments « innovants ». Il faudra limiter la surconsommation médicale, le nomadisme de certains patients et surtout éradiquer le secteur 2 médical et ses abus. Comment enfin faire cesser le scandale des dépassements d’honoraires ? Il faut rémunérer les soignants en tenant compte de la nécessité d’assurer à tous une couverture maladie et une retraite décentes. La Sécu que nous voulons n’a pas à pâtir de ceux qui abusent d’elle, mais doit soutenir les spécificités d’exercice. Les auteurs de ce numéro analysent les avantages de cette Grande Sécu en termes de progrès pour les patients comme pour les soignants au-delà de l’aspect économique. Notre ambition est de redevenir fiers d’un système de soins de qualité qui ne laisse personne à la porte. Le magazine, très riche, aborde d’autres aspects du soin et de la politique de santé et nous permet de comprendre à quel point notre système marche sur la tête. La rubrique Idées donne la parole à Marie Rajablat, infirmière et chercheuse en psychiatrie, engagée auprès des jeunes migrants. A lire et à partager avec gourmandise
- Burn-out : comment le prévenir et en sortir.
Je vous invite à écouter d'excellents intervenants sur le sujet. La vidéo n'est pas sexy, mais le contenu est pertinent. Bien plus que les fadaises dispensées ailleurs par quelques faiseurs d'anges plus forts en communication frelatée qu'en contenus pertinents. De vrais spécialistes de la question. Ils vous donnent les clés pour comprendre et vous orienter. Un débat animé par François Desriaux, rédacteur en chef du magazine Santé & Travail. L'auteure Kikka témoigne de son expérience du burn-out, à l'occasion de la sortie de son roman "Je ne te pensais pas si fragile", publié chez Eyrolles. Participent au débat Nicolas Sandret, médecin-inspecteur régional du travail, attaché à la consultation de pathologie du travail de l’hôpital de Créteil. Auteur avec Marie Pezé et Rachel Saada du livre culte et en accès libre : Travailler à armes égales. Laurence Théry, directrice de l'Aract Hauts-de-France. L’objectif est de déconstruire les mécanismes du burn-out et d'apporter des réponses concrètes pour le prévenir. Voir la vidéo (webinaire).
- Suicide et travail. Quelle reconnaissance administrative et judiciaire ?
Suicides en masse depuis mars 2020. Dépressions multipliées par deux. Conditions du télétravail mal ou pas maitrisées. Ça boum à tous les étages dans la start up nation. Harcèlements, agressions, discriminations, management par la terreur, l’entreprise en roue libre se porte bien. Pas celles et ceux qui la font. Licenciement, chômage technique et déséquilibres à la clé. Sombre tableau quand on sait que le travail est fondateur et structurant de l’identité. Et ce n’est pas le travail le responsable. C’est la manière de l’organiser. Ça pourrait relever des travailleurs, mais l’organisation reste la chasse gardée de l’employeur. C’est même la clé de voute du rapport de subordination qui fonde le contrat de travail. Et c'est même la raison pour laquelle il est responsable des conséquences de ses inconséquences devant la loi... Où mène la reconnaissance du suicide en lien avec le travail ? Comment se gère l’administratif après un suicide ? Que peuvent attendre les familles ? Des réponses sont apportées dans ce guide créé par le groupe Technologia. Bon, cela dit, quand vous aurez lu les 16 pages, vous comprendrez qu’il vaut toujours mieux s’adjoindre les services d’un avocat. Le droit, ce n’est pas pour les enfants. Et encore moins quand on est dévasté par un drame du travail. L’émotionnel et la raison font rarement bon ménage.
- Le télétravail n’empêche pas le risque de harcèlement
Aurélie TACHOT pour le JDN le 16 septembre 2020. Comme toute forme d'organisation du travail, le travail à domicile est susceptible d'entraîner des dérives. Pour Lionel Leroi-Cagniart, psychologue clinicien du travail, un autre facteur favorise l'émergence de situations de harcèlement : le sentiment d'isolement induit par le télétravail. Lorsqu'il n'est plus soutenu par un collectif, l'individu est naturellement plus fragile. "C'est aux collègues de travail d'être attentifs les uns envers les autres et, lorsqu'ils présument qu'un salarié est en détresse, d'en parler aux représentants du personnel ou aux ressources humaines". Rappelons aussi que l'employeur a une obligation de santé et de sécurité envers son salarié. Lire l'article paru le 16 septembre 2020
- Harcèlement au travail : réagir au plus vite.
Malgré une prise de conscience collective, le harcèlement dans la vie professionnelle provoque chaque jour encore trop de souffrances. Des solutions existent pour le prévenir et le dénoncer. La principale conséquence d’un harcèlement au travail est la perte de l’estime de soi, le sentiment de culpabilité (« qu’est-ce que j’ai fait de mal ? »), la peur au ventre d’aller travailler. Mais les troubles causés par une telle situation peuvent être plus graves, allant parfois jusqu’à un syndrome de stress post-traumatique. « Ce sont des phases d’alerte avec des formes cliniques diverses comme les troubles du sommeil, l’anxiété, l’augmentation des addictions, le désengagement social… », résume Lionel Cagniart-Leroi, psychologue du travail et membre du réseau national de consultation Souffrance-et-travail. Repérer les situations : Suite de l'article sur le site de la Caisse d'Allocations Familiales
- Loi Santé au travail. Ce qui change le 31 mars 2022
La loi Santé au travail, votée le 2 août 2021 s'apprête à entrer en vigueur. Objectif ? Renforcer la prévention en matière de santé au travail, moderniser les services de prévention et de santé au travail et décloisonner la santé publique et la santé au travail. Le point sur les mesures qui s'appliqueront progressivement à partir du 31 mars 2022. (A titre personnel, j'ai une pensée émue pour les mots : Renforcer, moderniser et décloisonner. Des verbes pailletés et positifs... qui incitent à la réflexion et à la prudence... ) Une visite médicale de mi-carrière Le contenu du document unique étoffé Création d'un passeport de prévention Mise en place de l’accès au dossier médical partagé Rendez-vous de liaison, visites de préreprise et de reprise... Les missions des services de santé au travail évoluent Renforcement de la définition du harcèlement sexuel En vidéo : Santé et Travail : ce qui change dans la loi le 31 mars 2022 La suite sur le site Santé magazine.
- Série documentaire de France Culture. Le corps au travail (Podcast)
Si les technologies ont bien modifié les conditions de travail, la pénibilité est loin d’appartenir au passé. Cette série documentaire raconte comment la pression économique et l’éclatement du salariat créent de nouveaux maux professionnels. Nous décrivons comment cette prise en compte du corps dans l’entreprise et l’attention portée au bonheur au travail se révèle à double tranchant. D’autre part, pour mieux cerner le principe même du travail, nous nous intéressons au geste et à sa transmission. La recherche du beau geste professionnel perdure et avec elle, une envie de mieux-être au travail. Épisode 1 : Le corps des salariés mis en boite, tisane et naturopathie Quand le management s’empare du corps du salarié. Épisode 2 : Livreurs et plateforme logistique, le corps accéléré « Quand j’ai vu les livreurs à vélo débarquer dans les rues, j’ai crié au fou. La suite m’a donné raison ». Épisode 3 : Plein le dos du boulot : les kinés à la rescousse « On doit amener les salariés à mieux se connaître pour comprendre ce qui les blesse » Épisode 4 : C’est le métier qui rentre, le plaisir du bon geste Le geste professionnel, un patrimoine immatériel commun et singulier. Une série documentaire de Rémi Dybowski-Douat, réalisée par Jean-Philippe Navarre.
- Christophe DEJOURS au CNAM à Paris le 1er avril 2022.
La posture du psychologue du travail aujourd’hui. Conférence organisée par l’association des anciens du Conservatoire National des Arts et Métiers, à 200 mètres du cabinet, c’est bien pratique ! A l’occasion de la parution de son livre intitulé "Ce qu’il y a de meilleur en nous", qui vient de paraitre aux éditions Payot, Christophe Dejours est revenu sur quelques notions essentielles pour décrypter les impasses de l’analyse des conditions de travail aujourd’hui. Voici un compte-rendu à partir de quelques notes. Les dispositifs d’évaluation des performances individuelles ne servent pas à évaluer le travail réel, mais juste les résultats du travail, pas le travail vivant. Celui qui est incarné, vécu, ressenti, éprouvé. L’évaluation quantitative n’est pas une vérité au prétexte que les chiffres ne mentiraient pas. Cette évaluation ne serre qu’à installer une concurrence entre opérateurs. Elle entretien la peur et le chacun pour soi. La confiance est dès lors remplacée par la défiance. La qualité totale n’existe pas. Depuis que cette notion a été inventée, il n’y a jamais eu autant de rappel de produits défectueux. La qualité n’est pas la satisfaction. Elle ne me sure pas le travail réel. La souffrance peut commencer là, dans l’absence de reconnaissance du travail réel. Et puis, travailler, c’est d’abord échouer avant de trouver et de progresser. Le destin de la souffrance se tourne alors vers la décompensation, la maladie. Ou, grâce à la résistance, vers l’habileté. Et enfin, la notion de qualité totale ne renvoie qu’au mensonge pour surmonter l’impasse des situations soi-disant normée. Il suffit de se souvenir de la triche généralisée autour des voitures qui respecteraient leurs taux de pollution… La normalisation, la standardisation ne servent qu’à comparer des performances des uns et des autres. La standardisation des modes opératoires dans les activités de services par exemple n’apporte que de la souffrance éthique en obligeant à se conformer à des pratiques que la morale réprouve. La frappe communicationnelle qui relève de la seule entreprise ne peut être partagée par tous. La communication de l’entreprise aujourd’hui n’est qu’un vol du mot "communication". Il n’y a qu’à se rappeler que les "plans de licenciements" n’ont rien à voir avec un "plan de sauvegarde" de l’emploi. Il y a une prescription à l’œuvre des mots à employer. Mais la gouvernance n’est pas le gouvernement. Et c’est ainsi que des catégories pour penser le réel disparaissent de notre paysage. La précarisation généralisée des fonctions professionnelles aggrave le paysage. La mode est aux "faisant fonction". Et pour finir, le recours aux consultants spécialisés en techniques de domination permettent aux gestionnaires qu’ils sont du côté de la justice au nom de l’illusoire objectivité des chiffres-qui-ne-mentent-pas-c’est-bien-connu. Sauf que ces chiffres ne rentrent pas dans le travail vivant. Ceci étant posé, comment envisager la posture du psychologue du travail aujourd’hui ? Pour aller à l’essentiel, il nous faudra suivre des principes plus que des pratiques standardisées. Rendre visible l’invisible du travail vivant. Décrypter l’effort qu’il faut faire pour atteindre le plaisir quand on sait que le travail contient cette promesse. Tous les sentiments (peurs, angoisses…) relatifs au travail, ne se voient pas, ne se calculent pas. On ne peut mesurer que ce qui se voit. Or, l’essentiel du travail est invisible. C’est donc au psychologue du travail de rendre le travail visible, en favorisant l’expression du travail réel. C’est l’organisation du travail qu’il faut faire bouger. La description du travail réel est un vecteur puissant pour tenir face aux gestionnaires, aux hiérarques. Trois théories sont nécessaires à ce travail : une théorie du travail vivant, une théorie du fonctionnement psychique et une théorie du plaisir. Dénoncer une organisation du travail ne suffit pas pour évoquer la souffrance. Il faut faire apparaître le travail vivant. Le décrire à partir du vivant et non comme il devrait être selon la vision gestionnaire. Le savant décrit une certaine vision du monde, pas LA vérité. Il faut penser l’action, pour créer les conditions de la transformation de la souffrance en plaisir. Le plaisir étant relatif à l’accomplissement de soi dans un rapport individuel au travail, même s’il est toujours destiné à un autre. On travaille toujours avec et pour l’autre et la coopération mise à mal par l’individualisation des performances est une gageure. D’autant que le travail conjure la violence et les conflits de personnes. Un détour par La Boétie nous est offert par Christophe Dejours pour évoquer la compagnie fraternelle, l’amitié, la franchise, l’authenticité, la prévenance, l’attention à l’autre, l’entre aide, le vivre ensemble, la solidarité, la camaraderie, l’estime… Le collectif n’offre pas que de la possibilité de reconnaissance à chacun, il est aussi un vecteur de délibération qui ouvre une occasion de relancer la pensée. Le collectif permet aussi un travail de transmission utile aujourd’hui. On demande parfois aux psychologues, de dispenser des formations, d’être capables de transmettre et donc d’étudier la rhétorique. Pour faire remonter nos expériences de psychologues du travail dans l’espace public, les journalistes, les juristes et les artistes semblent les mieux indiqués selon Christophe Dejours. Et c’est ainsi que se terminèrent les 2h30 dans un amphi du CNAM accueillant. Lionel LEROI CAGNIART


















