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  • Se faire entendre à la fin ?

    Article de Lionel Leroi-Cagniart paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°89, mai 2020 : Manifestons-nous Pour comprendre la souffrance au travail, deux voies sont possibles. Le cœur du travail et son contexte. La première relève de la connaissance intime qu’en ont les travailleurs. La deuxième se loge dans les contradictions manifestes entre l’engagement et son exploitation. Quand deux aides-soignants se tapent dessus sans pudeur et sans retenue, en plein service et devant tout le monde, professionnels et résidents, ce symptôme en dit long sur la maltraitance institutionnelle des salariés. Pour d’autres, ce n’est qu’un problème individuel, particulier, personnel. L’analyse nous pousserait presque à considérer qu’il faudrait choisir son camp. Quand j’entends dire que le problème vient des personnes qui ne savent pas se contrôler, que c’est une faute professionnelle qu’il faut sanctionner, d’emblée je me dis qu’il va être difficile de faire entendre un autre point de vue, une autre façon d’analyser. Je tente quand même. Le malaise ne vient pas des personnes, mais des conditions pathogènes issues d’une organisation toxique du travail dans lesquelles elles se retrouvent. L’organisation prescrite ne laissant aucun temps d’élaboration pour la co-analyse, le métier se meurt et les solutions relèvent de la raison du plus fort. L’impossibilité de bien faire ensemble, issue du collectif empêché, épuise les ressources contenues dans des formes de reconnaissances qui ne se retrouvent pas. Cornaquer les bœufs et libérer les hommes L’organisation du travail constitue une des prérogatives de la hiérarchie. Dans celle-ci se niche une volonté de maîtriser, de commander, d’exprimer son autorité. Souvenez-vous du fameux bureau des méthodes… qui indiquait comment produire un maximum en un minimum de temps, voire de gestes, et si possible en silence pour ne pas se distraire. Il est devenu comme allant de soi que la direction se doit d’organiser le travail. Mais comme il est plus difficile de commander des hommes que des bœufs, et moins pratique que des machines, il a fallu trouver le moyen de les rendre Libre d’obéir (selon le titre du livre de Johann Chapoutot paru en janvier de cette année) pour mieux les cornaquer. Après le pouvoir d’organiser, le pouvoir de sanctionner. Le lien de subordination contenu dans le contrat de travail rappelle suffisamment le rapport de dépendance de l’employé envers l’employeur. En effet, ce contrat n’a pas grand-chose de librement consenti. L’un possède, l’autre pas, surtout si l’on regarde du côté des moyens de production. Le propriétaire achète donc les compétences de l’homme au travail et se dit : il est à moi de telle heure à telle heure. Je le dirige et peux le commander de deux façons. Jouer de mon autorité contractuelle ou inciter à la collaboration. Parfois, je suis dans un entre-deux qui se prend les pieds dans le tapis de la logique. Je collabore ou je domine. Faut choisir. Le cœur du travail, sa connaissance intime, n’est accessible qu’à ceux qui l’exercent. Là-dessus, se dit le boss, je ne peux pas grand-chose avec l’autorité de papier. Je peux juste créer des conditions pour favoriser la servitude volontaire. De plus, vouloir organiser le travail à la place des travailleurs jusque dans les moindres détails est une gageure. Une part échappera toujours à la hiérarchie. Même en faisant « copain copain » sur le mode : « Je vous fais confiance. Prenez des initiatives. Organisez-vous. Soyez autonomes et responsables. » Rhétorique de jésuite ! Certains se laissent prendre au piège de « l’ambiance cool et du mou dans l’organisation qui s’accompagne d’un durcissement des objectifs à atteindre » (Alain Obadia, n° 1 de la revue trimestrielle TAF de janvier 2020). Comme l’écrit Danièle Linhart, dans un article du Monde Diplomatique de janvier 2020 intitulé « Pas un jour de plus au travail » : « Le management a cherché à rendre la subordination invisible par un appel solennel à l’esprit d’initiatives. » Johann Chapoutot, quant à lui, nous rappelle que « les hauts fonctionnaires du IIIe Reich ont beaucoup réfléchi aux questions managériales, car l’entreprise nazie faisait face à des besoins gigantesques en termes de mobilisation des ressources et d’organisation du travail. Ils ont élaboré, paradoxalement, une conception du travail non autoritaire, où l’employé et l’ouvrier consentent à leur sort et approuvent leur activité, dans un espace de liberté et d’autonomie a priori bien incompatible avec le caractère illibéral du IIIe Reich, une forme de travail par la joie qui a prospéré après 1945 et qui nous est familière aujourd’hui, à l’heure où l’" engagement ", la " motivation " et l’" implication " sont censés procéder du " plaisir " de travailler et de la " bienveillance " de la structure. Assuré de l’autonomie des moyens, sans pouvoir participer à la définition et à la fixation des objectifs, l’exécutant se trouvait d’autant plus responsable – et donc, en l’espèce, coupable – en cas d’échec de la mission. » Le rêve du comptable et la tendresse du gendarme J’entends parfois qu’on me réplique : elle a bon dos l’organisation. En miroir de cette courte vue faisant suite à des conflits interpersonnels observés, tels que les deux aides-soignants plus haut, j’aurais tendance à répondre que c’est un peu facile de s’en prendre aux individus fragilisés par une organisation faite d’injonctions contradictoires et qui n’a pour but que de répondre aux impératifs du chiffre, sans se soucier du versant humain de l’engagement au travail. Et là, ça commence à décrocher. De quoi parle-t-on ? Des conséquences d’un ultralibéralisme qui avance masqué, mais aux conséquences de moins en moins dissimulées. En effet, il faut une bonne dose de références culturelles pour convenir que le sens du monde qui nous dirige a renversé un des paradigmes majeurs : la gouvernance générale n’est plus orientée vers le service des humains. Le monde libéral nous a fait basculer dans une gouvernance par les nombres pour les nombres, avec l’humain au second plan. Alain Supiot démontre dans son livre La gouvernance par les nombres comment la loi n’est plus élaborée au service des hommes, mais au service du nombre au sens capitaliste et technocratique. Si le travail pouvait se faire sans l’homme, ce serait le pied pour les tenants d’une société totalement automatisée. L’ultime rêve de certains serait-il en train de s’élaborer sous nos yeux ? Et si la société n’était que chiffres sans état d’âme d’humains ? Et pourquoi pas Le travail sans l’homme ? comme le titre un des livres d’Yves Clot, professeur de psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) ? Quand l’organisation du travail est réglée pour être au service du bon boulot, définie par celles et ceux qui le réalisent, elle laisse peu de place aux conflits sans destin, aux passions tristes, symptômes débordants. Idéalement, cette organisation-là a prévu des espaces d’élaboration, à tout le moins du collectif pour qu’émergent de ces conflits des solutions au service de la vie bonne. Mais de la vie bonne, le nombre n’a que faire. Surtout celui qu’on retrouve dans l’expression du bénéfice au sens comptable. Avec quelques outils pour penser autrement qu’en ultralibéral, on peut commencer à imaginer quelques solutions pour retourner le sablier qui ne mesure que le temps sans se préoccuper de son contenu humain (le plaisir de faire des choses bonnes au service des autres). Prenons l’exemple de cette infirmière réquisitionnée dans la nuit du 28 mai 2019 par des gendarmes pour contrecarrer une fronde dans le service des urgences de l’hôpital de Lons-le-Saulnier à bout de souffle. Comme dirait l’autre : I have a dream. Révolté par le procédé, j’ai rêvé que cette infirmière, ramenée de force dans son service, s’allongerait sur le sol au milieu des patients et déclarerait : « Vous avez réquisitionné mon corps, pas ma volonté. Je ne bouge plus. Je préfère mourir que de cautionner ce système. » L’acmé du rêve serait les voix des patients qui, tous en chœur, lanceraient : « On vous soutient. On vous suit. Plutôt mourir avec elle que de la voir nous soigner de force. » J’ai en tête cet extrait d’interview de Christophe Dejours intitulé « La domination au travail est beaucoup plus dure qu’avant » paru en octobre 2018 sur le site du journal belge l’Écho : « … les stratégies de déni ont un effet de désensibilisation qui conduit à une banalisation de l’injustice : si je nie ma propre souffrance, je ne peux pas reconnaître celle des autres. C’est un retournement sinistre : pour tenir individuellement, on aggrave le malheur social. Dans ce contexte, on peut se demander si un tel système ne risque pas de s’effondrer – puisqu’il ne fonctionne que par le concours des travailleurs. Les cas d’effondrement moral existent. Durant la guerre du Vietnam, par exemple, des régiments entiers ont dit : " Fini ! On n’avance plus ! ", quitte à être tués – quand ils ne tuaient pas leurs propres officiers. En entreprise, si l’exigence de performance devient insoutenable, le risque d’effondrement collectif existe aussi. Le jour où un tel événement se produira dans un hôpital, les chantres de la gouvernance par les nombres auront du mouron à se faire. Pour le coup, l’expression galvaudée par les roitelets de la politique, « renverser la table », aura du sens, et certainement beaucoup plus d’avenir au travers d’une autre manière de manifester et de se faire entendre. Lionel Leroi-Cagniart Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°89, mai 2020 :

  • Faire autrement pour (se) soigner

    Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°83, octobre 2018 : Faire autrement pour (se) soigner Pour soigner le travail, il faut le définir. Pour comprendre si on soigne les individus ou le travail lui-même, il faut connaître le cadre légal de la prévention de la santé physique et mentale des salariés. Car le travail est d’abord affaire collective et l’investissement individuel subordonné. Les ergonomes ont été les premiers à avoir mis au jour l’espace entre le prescrit et le réel, la tâche et l’activité, soit ce qu’on demande de faire au salarié et ce qu’il réalise pour y parvenir. Ce qui permet cette formule en guise de définition : le travail est ce que l’on fait et qu’on ne nous demande pas de faire, pour parvenir à faire ce qu’on nous demande de faire. Cela vaut pour tout le monde ! Toutes les fiches de postes indiquent une liste de tâches à accomplir. Aucune ne précise comment y parvenir. C’est l’engagement du salarié qui permet de réaliser le travail demandé, sa volonté de mettre au service de l’entreprise plus que ses compétences professionnelles : son intelligence pratique, sa subjectivité singulière, sa débrouillardise, son style personnel. Mais que ciblent les entretiens d’évaluation, puisque le travail est invisible à la hiérarchie ? Juste l’atteinte des objectifs. Le travail réalisé. Pas le réel du travail. D’où l’idée un brin perverse de l’autoévaluation dans un système où la confiance est rarement de mise. Quand on demande à une équipe de soignants de s’occuper des résidents d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes afin qu’ils soient prêts à l’heure du déjeuner, rien n’indique ce qu’il faudra faire pour que l’objectif soit atteint. Même si une série de tâches est planifiée, il manquera toujours la prescription en réponse à un inattendu qui se présentera forcément. Une douche cassée. Une panne d’eau chaude. Un membre de l’équipe absent et non remplacé. Une coupure de courant. Un manque de matériel… Et pourtant, bien souvent, quoi qu’il arrive, l’engagement du personnel et ses ingéniosités parviendront à résoudre et à surmonter les imprévus. Comment ? C’est bien là la question. C’est bien là que se jouent le bonheur ou le malheur du salarié, de son chef, du service, de l’entreprise… Se comprendre ou s’ignorer ? C’est dans cet espace souvent invisible, indiscuté, que s’élabore l’architecture de la souffrance, du plaisir, des tiraillements, des luttes de pouvoirs, des reconnaissances éventuelles, des coopérations possibles ou impossibles. Il fallait préserver la ressource humaine pour permettre à l’économie de continuer de l’utiliser sans en manquer, le risque étant grand de laisser tomber les hommes et les femmes au travail sans les protéger. Il fallait se prémunir des atteintes à la santé en instituant des principes de prévention. Pour soigner le travail ? Pas sûr. La Directive Européenne – Directive-cadre 89/391/CEE du Conseil du 12 juin 1989 – transposée en droit français en 1991, avec ses décrets d’applications parus en 2001, a pour objet l’amélioration de la sécurité et de la santé des travailleurs. Elle stipule que l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Elle énonce des principes généraux de prévention : éviter les risques, les évaluer, les combattre et adapter le travail à l’homme. […] Planifier la prévention… Prendre des mesures de protection collectives et individuelles… Donner des instructions appropriées… Elle impose à l’employeur de transcrire et mettre à jour dans un document unique – à disposition des salariés – les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs. Ces textes sont accessibles en ligne en annexe du livre de Marie Pezé, Rachel Saada et Nicolas Sandret : Travailler à armes égales. Que font les entreprises pour rédiger le document unique par exemple ? Certaines font appel à des cabinets de consultants dont les préconisations s’abattent sur les salariés. D’autres travaillent en interne les questions de prévention avec les salariés en leur permettant d’interroger l’organisation du travail. C’est plus rare. Le libéralisme et l’économie de marché considèrent la rentabilité comme première et l’humain à leur unique service. Pour soigner les maux du travail, il nous faut choisir entre les vendeurs et les passeurs, ceux qui paralysent ou confisquent le pouvoir de penser et d’agir et ceux qui permettent aux collectifs et aux individus de retrouver le goût de son exercice. On pourrait faire un parallèle avec les entretiens d’évaluation où on demande aux salariés d’être intuitifs, audacieux, réactifs, autonomes et responsables alors qu’on leur impose au quotidien des procédures, protocoles, méthodologie et autres « bonnes pratiques ». Autrement dit, comme l’écrit Danièle Linhart dans Le Monde Diplomatique de juillet 2017, des manières de faire abstraites et uniformes, concoctées par des consultants experts loin des contraintes du terrain. Sans compter les abus de langage et autre novlangue pour éviter d’y voir clair et faire avaler des couleuvres aux salariés. On est passé par exemple des « Plans de licenciements » aux « Plans de sauvegarde de l’emploi »… Un séminaire organisé par le collectif CGT Travail et émancipation s’est tenu en mars 2018. Le sujet portait sur « Le langage au travail comme élément des rapports de force ». Sarah Delattre évoque dans le numéro du magazine La CGT ensemble paru en mai 2018 cette novlangue qui s’est imposée dans le travail, camouflant mal une violence sociale et un management désincarné. Quand des consultants préconisent que le salarié doit s’adapter à une organisation jugée pertinente (par qui et pourquoi ?), ils empruntent le langage de la valeur pour convaincre. Positivité, flexibilité, adaptabilité, réactivité, disponibilité… Pour Pascal Chabot, les personnes qui élaborent et usent de ce langage se trompent de concept. Les valeurs sont plus susceptibles d’interprétations différentes que les termes de la novlangue du management. Car il s’agit d’ordres déguisés, de contraintes rebaptisées qui n’auraient certainement pas inspiré les salariés d’un atelier réunis pour discuter de l’organisation de leur travail. Les préconisations de certains consultants penchent plus du côté de l’adaptation de l’homme au travail que de l’adaptation du travail à l’homme telle que voulue par la directive Européenne. L’adaptation parfaite se révèle en définitive frustrante et harassante. On accable les travailleurs au lieu de soigner le travail. Certains cherchent donc à sortir de l’impasse. Le sociologue Bernard Friot, dans Émanciper le travail, en 2014, envisage une solution aux confins du politique et de l’économique en imaginant une souveraineté populaire sur l’économie, autrement dit en faisant des travailleurs les propriétaires des moyens de production. Il s’agit d’en finir avec les luttes défensives – Le Monde Diplomatique de novembre 2017 –, car « la classe dirigeante ne tire sa puissance que de la maîtrise du travail. Conserver cette maîtrise l’obsède : sans elle, pas de profit ». Danièle Linhart imagine, elle, « un salariat sans subordination ». Partant de la revendication des chauffeurs « indépendants » d’Uber d’une requalification de leurs liens avec la plateforme numérique pour bénéficier des droits sociaux liés au contrat de travail, elle développe l’idée que la subordination individualisée et personnalisée étant de plus en plus difficile à supporter, il faudrait conserver les aspects positifs du salariat, tout en le libérant de la dimension aliénante de la subordination incluse dans le contrat de travail. En attendant ces éventuels renversements de paradigmes, d’autres se proposent de faire avec l’existant sans attendre d’hypothétiques lendemains qui chantent. Marie Pezé, responsable du certificat de spécialisation en psychopathologie du travail créé au CNAM en 2008 par Christophe Dejours, milite pour que les salariés s’approprient les règles et le cadre du travail. Elle propose, sur son site Souffrance et travail, des outils de compréhension et des solutions concrètes en réponse à des souffrances trop souvent silencieuses. Dans le réseau de consultations mis en place, les praticiens permettent aux patients de déconstruire, de comprendre les mécanismes dont ils ont été l’objet, et ainsi de reconstruire leur compréhension de la situation. Des chercheurs comme Yves Clot ou Christophe Dejours développent depuis longtemps des concepts et des théories susceptibles de soutenir les actions des psychologues pour endiguer la souffrance au travail. Il en est ainsi de la clinique de l’activité comme de la psychodynamique du travail. Soigner le travail autrement relève d’un intérêt porté à l’organisation plus qu’à des fragilités individuelles, même si la psychodynamique reconnaît qu’il s’agit d’une rencontre entre une psychologie individuelle singulière et une organisation sociale particulière. Pour se repérer, on peut se reporter au livre de Christophe Dejours et Isabelle Gernet. La clinique du travail s’intéresse à la distance entre la tâche et l’activité. Elle reconnaît la centralité du travail comme activité matérielle et symbolique constitutive du lien social et de la vie subjective, selon Dominique Lhuillier. Elle porte son attention prioritairement aux situations concrètes de travail et à l’analyse de la demande formulée par les collectifs, la commande étant formulée par les hiérarchies. L’intervention vise la double articulation qui consiste à comprendre pour transformer et transformer pour comprendre l’irréductible décalage entre la tâche et l’activité notamment. J’ai le souvenir d’un échange entre pairs lors d’une rencontre pour des analyses de pratiques dans un établissement pour personnes handicapées. En l’absence de la hiérarchie, c’est en confiance que le collectif évoque le réel du travail. C’est en décortiquant ce qui est fait concrètement, empêché ou reporté, ce qui interroge, crée du doute ou de la peur, que les salariés élaborent des solutions. Celles-ci pourront être rediscutées plus tard, mais en attendant, ces solutions partagées éloignent de la solitude en construisant des pratiques susceptibles de s’inscrire dans les représentations, les savoirs et les techniques du métier et qui permettent de souder le collectif autour d’investissements professionnels. Voici un type d’inattendu rencontré. Il est assez transversal à d’autres métiers, puisqu’il relève à la fois des rapports sociaux et d’investissements personnels qui poussent à se substituer aux moyens manquants dans l’entreprise. Une éducatrice en période d’essai s’effondre en disant qu’elle n’y arrive pas, même en travaillant tard chez elle le soir. Elle offre donc du temps à son employeur sans que celui-ci le lui ait demandé. Et de surcroît, elle se met en état de stress. Ce qui va l’empêcher de raisonner, de penser rationnellement le malaise qu’elle éprouve. Sa hiérarchie lui demande de rédiger des rapports, des projets… L’inattendu ? Elle n’a pas d’ordinateur au bureau ! Croyant bien faire et n’osant rien demander, elle utilisait son propre ordinateur. Ce n’est pourtant pas à l’employée de s’adapter à la déficience de la structure, de fournir le matériel et de faire des heures supplémentaires non rémunérées. C’est donc, portée par les avis du groupe, soutenue par le sentiment d’appartenir à un collectif, qu’elle a osé présenter un document rédigé au stylo. Et qu’arriva-t-il une fois l’émotion dépassée à la fois par la chef et son éducatrice ? Un ordinateur fut livré dans la semaine ! La clinique du travail ouvre des perspectives alternatives, car la vie n’est ni ajustement à des normes, ni l’adaptation à des contraintes extérieures, artificiellement créées par des experts. Il y a une différence entre l’appropriation de savoirs professionnels issus du milieu, acquis en formation par exemple et le développement de savoirs collectivement construits au regard des inattendus rencontrés sur le terrain professionnel. Ces derniers poussent à développer l’activité du côté d’un modèle en adéquation avec la définition par les travailleurs eux-mêmes de ce qu’est un bon boulot. On est donc bien là « du côté de l’invention de normes et de la création » au sens de Canguilhem. La clinique du travail vise le développement des possibles individuels et collectifs, l’exploration de ses conditions comme de ses processus. Et cela, avec les travailleurs, pas sans eux. A eux d’imaginer les adaptations nécessaires aux inattendus du travail réel. Pas aux experts et autres prescripteurs de « bonnes pratiques » de dire comment les travailleurs doivent s’adapter. Il semble que cela va dans le sens de la Directive européenne citée plus haut, trop peu commentée, partagée, appropriée et qui vise notamment l’adaptation du travail à l’homme et non l’inverse. Cette directive offre du sens, de la matière, des repères pour tenir et défendre le mieux qu’il sera possible une posture à l’avantage de chacun et chacune des salariés. Reste à ne pas se laisser aveugler par les artifices et les chiffons rouges agités pour faire oublier ce cadre que le pouvoir ne peut abolir tant que la France fait partie de l’Europe. Bibliographie G. Canguilhem, Le normal et le pathologique, Paris, PUF, 2013. P. Chabot, Global burn-out, Paris, PUF, 2017. Y. Clot, Le travail sans l’homme ? Pour une psychologie des milieux de travail et de vie, La Découverte et Syros. Paris, 1998. C. Dejours et I. Gernet, Psychopathologie du travail, Issy-les-Moulineaux. Elsevier-Masson, 2012. D. Lhuilier, Cliniques du travail, Toulouse, Ères, 2008. M. Pezé, Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, Paris. Flammarion, 2010. Article de Lionel Leroi-Cagniart publié dans Pratiques, Cahiers de médecine utopique n° 83

  • Quels mots pour les maux du travail ?

    Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°81, mai 2018 : Souffrir ? La douleur physique est première sur la longue route de la reconnaissance des maux du travail. La souffrance psychique, elle, ne figure toujours pas dans un tableau des maladies professionnelles reconnues. Il faut se battre encore pour qu’elle soit prise en charge. Tout se passe comme si on jouait à cache-cache avec les mots. Ne pas les prononcer pour ne pas les entendre et surtout ne pas voir les maux. La visibilité d’une lésion corporelle facilite la comptabilité de la douleur. L’immatérialité de la parole énonçant une souffrance invisible conditionne son abstraction. Sourd et aveugle, une nouvelle compétence au travail ? Notre position n’est plus tenable. En 1840, un certain C. Noiret s’adresse Aux travailleurs, à Rouen, dans un texte qu’il publie. « Nous vivons sans savoir ni comment ni pourquoi ; nous pâtissons, nous végétons et nous nous contentons de gémir. […] Nous naissons dans l’indigence, nous vivons dans la misère et nous mourrons dans la pauvreté : notre existence est une longue suite ininterrompue de souffrance, de privations, qu’aucun plaisir, qu’aucune satisfaction ne vient interrompre. […] Nous travaillons 16 heures par jour et 6 jours et demi sur 7 et nous mourons de faim ; nous sommes dans le plus affreux dénuement ; notre misère s’accroît sans cesse ; notre position n’est plus tenable… », cité par J. Le Goff dans Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail de 1830 à nos jours, Rennes, PUR, 2004. Pour Levinas, dans Le temps et l’autre, « Le contenu de la souffrance se confond avec l’impossibilité de se détacher de la souffrance […] Il y a dans la souffrance une absence de tout refuge. Elle est le fait d’être directement exposé à l’être. Elle est faite de l’impossibilité de fuir et de reculer. Toute l’acuité de la souffrance est dans cette impossibilité de recul. » [1] Tout est-il dit ? Il semblerait presque. Trente-quatre ans plus tard et un siècle après la révolution, la loi du 10 mai 1874 interdit complètement le travail des enfants de moins de 12 ans. Le progrès se fait attendre quand il rapporte peu. La loi du 12 juin 1893 oblige les employeurs à respecter des règles d’hygiène et de sécurité dans les usines et les manufactures, les morts et les estropiés se comptent par milliers et menacent les recrutements dans l’armée. Serait-ce la naissance du cynisme à l’endroit de la protection des travailleurs ? Le progrès s’accélère pour peu qu’il rapporte. Le 9 avril 1898, les accidents du travail sont reconnus en tant que tels et la loi instaure un régime de « responsabilité sans faute » des employeurs. L’avocate Rachel Saada n’est jamais avare de précisions signifiantes en la matière : l’indemnisation des accidentés est assurée en échange d’une certaine immunité patronale (Manière de voir n° 156 du Monde Diplomatique). Aujourd’hui, les risques psychosociaux ne font l’objet d’aucune définition juridique ou législative, conséquence directe de la difficulté à les cerner. Sans doute. Peut-être aussi parce que le besoin de matière humaine et son cortège de matériel corporel ne sont pas encore suffisants. Pour C. Dejours, dans Le corps d’abord, la psychodynamique du travail s’appuie sur la théorie psychanalytique du corps pour faire exister à côté du corps biologique, un corps dit érotique qui éprouve, a peur, s’ennuie, prend du plaisir… Dimensions oubliées dans les tableaux des maladies professionnelles reconnues. À croire que celles et ceux qui ont la charge de les faire évoluer prennent leurs contemporains pour des Martiens ou des êtres de technologie issus de la recherche bionique. À moins que des visées économiques, politiques ou guerrières ne s’imposent en secret et nous échappent. En d’autres termes, tant qu’il n’y a pas de guerre en vue, les estropiés peuvent se compter par milliers sans faire bouger les lignes de la protection sociale. Aujourd’hui, par leur mort, ces malheureux(euses) convoquent la société tout entière à se pencher sur ce nouveau type de souffrance qu’elle engendre. (C. Dejours. Revue Travailler n° 13). Pour le moment, le système de classification des maladies professionnelles par tableau montre dans sa construction une certaine forme de rigidité qui rend son accès hermétique aux troubles psychosociaux. La douleur physique demeure la première à être prise en compte au travail. Premier indicateur comptabilisable. La pathologie somatique, reconnue et prise en charge, apparaît dans les tableaux relatifs aux maladies professionnelles de l’Assurance maladie. La pathologie psychique n’y figure pas. On est aux balbutiements d’une prise de conscience de l’importance de la souffrance psychique au travail. Une proposition de loi sur le burn-out formulée par François Ruffin à l’Assemblée nationale a été retoquée le 1er février 2018. Elle portait le n° 516 et visait à faire reconnaître comme maladies professionnelles les pathologies psychiques résultant de l’épuisement professionnel. L’exposé des motifs déroulait une succession de témoignages choisis pour illustrer les malaises quantifiables, mais aussi les plus difficiles à quantifier. Après les questions de surcharges de travail, venaient les descriptifs des humiliations et du dégoût que rien ne change dans certaines entreprises, même après un suicide. Ces arguments n’ont pas suffi. Des maladies connues et reconnues par les médecins du travail en particulier, nommées, classées (dépression, troubles anxieux généralisés, stress post-traumatique…) sont pourtant non-reconnues en dehors des cercles médicaux, a fortiori de ceux qui détiennent le pouvoir de gestion notamment. C’est à une véritable bataille que se livrent certains parlementaires pour la création d’un nouveau tableau de maladies professionnelles permettant la reconnaissance des pathologies psychiques consécutives au syndrome d’épuisement professionnel. Il semble que la crainte des autorités est de voir émerger dans les requêtes en réparation des plaintes subjectives plus que des faits objectivables. Comme si les mots de la douleur n’exprimaient pas les maux de la souffrance. Encore ce besoin de rationalisme et d’objectivation pour contenir ce qu’on entend pourtant s’amplifier sur les lieux de travail avant qu’il ne résonne dans les prétoires de la justice. La jurisprudence ne fait pas encore état d’une possibilité de réparation de la souffrance au travail dont l’expression n’a pas atteint un point dramatique. Les employeurs le savent. Ils redoutent la douleur ou la mort du corps employé. Ils savent que sur le versant de la souffrance psychologique, ils n’ont pas grand-chose à craindre tant il est difficile de la faire reconnaître. Pas impossible toutefois. Mais le chemin d’un procès en reconnaissance de la souffrance psychique est parfois lui-même pavé de souffrances additionnelles. Impression d’être des rats au milieu d’un océan d’aveugles et de cyniques. Faut-il attendre une prise de conscience collective des effets ravageurs d’un libéralisme sauvage pour réagir à la vision d’un champ de bataille jonché de corps sans vie qu’il ne servira plus à rien de compter ? Les prévisionnistes calculent que, dans un avenir proche, deux millions de Français vont être en arrêt de travail pour maladie ou accident (psychique ou somatique ?). J’ai entendu ça à la radio. C’est grave ? La solitude psychique est d’abord une solitude affective au sein d’une communauté qui n’en a que le nom. Aujourd’hui les suicides font le buzz. Des aménagements managériaux à la marge sont concédés. Mais l’hécatombe de la déstabilisation des rapports sociaux continue et s’amplifie. À croire que seule leur mort, la comptabilité, l’addition des corps disparus finira, comme en 1893, par rendre compte d’un manque de main-d’œuvre dans l’armée. Le plus déprimant est de voir certains salariés se prendre les pieds dans le tapis de la souffrance psychique et s’armer de ressentiments à l’égard de leurs collègues. C’est le cas quand surgit le racisme par exemple ou l’accusation de racisme infondé, symptômes d’une paranoïa situationnelle issue d’une désorganisation et d’un manque de reconnaissance. On peut faire alors le pari d’une démission de la hiérarchie à organiser les relations sociales d’un collectif. ----------------- NOTE : 1. - N. Chaignot Delage et C. Dejours (sous la direction de), Clinique du travail et évolutions du droit, PUF, Paris, 2017. Article de Lionel Leroi-Cagniart, psychologue du travail, paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°81, mai 2018 : Souffrir ?

  • Social et médiéval en bateau…

    Article de Lionel Leroi-Cagniart paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°90, juillet 2020 : Covid 19, autopsie d'une crise (1). Article accessible gratuitement sur le site Pour penser la situation, s’arrimer au réel des établissements médico-sociaux nous révèle les dessous de la gestion matérielle et humaine d’un secteur considéré comme économique. Au-delà du terrain, il nous faut tenter de mettre en perspectives d’autres approches pour le soi-disant fameux jour d’après. Bien avant le confinement, les requêtes ordinaires des personnels ne rencontraient que rage et silence en réponse. J’observe depuis bientôt dix ans, dans un de ces établissements pour handicapés ultra-fragiles, une absence de papier toilette, d’essuie-mains ou de savon dans les w.-c. Quand vous fréquentez un de ces lieux d’aisances, vous constatez toujours un manque de savon, de papier hygiénique ou d’essuie-mains. Impossible d’avoir une hygiène rigoureuse. Avertir ou se taire ? Ce sera selon ce que vous percevez de la relation ou de la gestion. Même délicatement formulée, votre remarque appellera au mieux de la surdité, au pire de l’invective. Certes, chacun pourrait participer au réapprovisionnement permanent. Mais il est interdit de se servir dans les réserves. Alors, vous passez d’un cabinet de toilette à l’autre pour vous soulager, laver vos mains et les essuyer dans un troisième. Venir travailler avec son savon, sa serviette et son PQ reste possible, mais pas commode. Après quelques gastros à répétition, vous suggérez que soient fixés aux murs des distributeurs de gel hydroalcoolique – Vous n’y pensez pas. Nous ne sommes pas un hôpital. On ne va pas tout aseptiser. Et de toute façon, ce n’est pas une obligation. Car ils le disent déjà : il va falloir rattraper les points de PIB perdus. Au détriment de qui ? Au bénéfice de qui ? Dans ce même établissement, j’ai vu une aide-soignante en larmes un matin : «Regarde, me dit-elle en levant ses mains. C’est la quatrième toilette avec les mêmes gants. J’en peux plus!» Dans un autre établissement, un Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) public, ce sont des lingettes, des gants de toilette et des serviettes qui manquent. Alors, c’est le conflit avec les responsables et l’entraide en sous-sol. Chacun trouve le moyen de faire des réserves et de les cacher. Comme à la guerre, tous aux abris ! Pour bien faire son travail, on triche, on feinte, avec la peur au ventre parfois. Ça coûte cher l’hygiène. Alors, les cadres houspillent, menacent et la situation s’enkyste dans un autre silence. Celui du non-dit d’un côté et du déni de l’autre. Si en plus il faut des masques, du gel hydroalcoolique… et pourquoi pas des tests tant qu’on y est ? Justement, on y est ! Juste avant le confinement, montent la peur, le bruit et la fureur… : des postillons jetés comme un défi à la face d’un collègue soignant parce qu’il porte un masque, lui. Si, si. Des cadres de santé dénient tout danger et ne fournissent rien parce que «ce qu’on entend à la télé est exagéré». Si, si. Des notes de service requièrent que des agents de catégorie C prennent leur part dans l’effort général dans le but de soulager le travail des catégories A. Si, si. Ou bien cette note d’information interne d’un énorme groupe médico-social qui précise qu’on maintient les activités, que personne ne sera au chômage technique et que ne sont habilités au télétravail que les directeurs du Codir. Si, si. Aujourd’hui, c’est le bruit aux balcons à 20 heures et Pâques aux tisons sans autorisation. Sûr que ça va motiver pour faire des réserves de produits d’hygiène dans les établissements de soin! Dans le livre du Comité Invisible intitulé À nos amis, publié par La Fabrique éditions en 2014, j’ai surligné : «Tout n’est pas organisé, tout s’organise. La différence est notable. L’un appelle la gestion, l’autre l’attention – dispositions en tout point incompatibles.» Ce serait quoi concrètement dans un établissement recevant des personnes fragiles? Un projet défini en commun. Un partage des périmètres d’action réalisé en commun. Une répartition en commun des difficultés de chacun. Aujourd’hui, dans les établissements, faire équipe est une injonction, pas un projet. Vous n’êtes que libres d’obéir comme dirait Yohann Chapoutot. Rarissimes sont les Ehpad où le personnel s’est enfermé pour vivre avec les résidents et les protéger. On peut rêver d’une prouesse managériale à la base de ce fait d’armes ou simplement d’un contexte conjoncturel. En temps de confinement, les soignants peuvent accéder à du soutien psychologique en ligne gratuitement. Le psy vaut moins que l’essuie-mains, le savon ou le papier toilette. La force de cette époque est dans l’art de recycler. Les plateformes et les numéros verts fleurissent au printemps. Évidemment. Je doute qu’on chante tout l’été et qu’on puisse, l’hiver arrivé, rester au coin du feu comme autrefois quand la bise fut venue. Car il y aura des lendemains, forcément. Qui chantent? Pas certain. Pourquoi ? Pierre Zaoui, philosophe et enseignant à l’université Paris-Diderot, développe sa pensée de la situation dans un article de Joseph Confavreux publié par Médiapart le 4 avril 2020. «Ce sera peut-être une des leçons de cette crise : comprendre qu’en France, tout comme en Angleterre, en Italie, en Espagne ou aux États-Unis, la vérité de nos gouvernants, c’est qu’ils ne sont pas du tout néolibéraux et biopolitiques, mais de simples nullités médiévales et prédatrices, au sens de Foucault, c’est-à-dire beaucoup trop coûteuses et inefficientes, contribuant à détruire et leur population et leur économie.» ... Lire l'intégralité de l'article (accès libre) sur le site de la revue Pratiques n°90

  • Lu : "Désobéir"

    Frédéric Gros, Désobéir, Flammarion, 2019, Collection Champs/Essais. Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°91, octobre 2020 : Autopsie d’une crise (2e partie) Depuis quelques mois, un virus offre aux uns une belle occasion de renforcer leur pouvoir de domination en accentuant le contrôle de nos faits et gestes, et aux autres une formidable opportunité de s’interroger sur les effets d’un enfermement dans une prison à ciel ouvert. Pour-quoi ce silence quasi général concernant nos libertés ? Le besoin de comprendre traverse ceux qui vivent cette désagréable impression de révolté solitaire. Frédéric Gros propose une réflexion philosophique et psychologique soutenue intitulée Désobéir, parue en version poche chez Flammarion, collection Champs essais, en 2019. Le sujet est introduit par cet aphorisme de Wilhelm Reich : « La vraie question n’est pas de savoir pourquoi les gens se révoltent, mais pourquoi ils ne se révoltent pas. » Les nombreuses références qui soutiennent la réflexion de l’auteur nous amènent à dire qu’on est chacun en position d’avoir le droit de penser les impératifs qui gouvernent nos vies. Pour ce professeur de philosophie spécialisé dans la pensée politique : « Le consentement est un acte par lequel on se constitue prisonnier de soi-même. C’est une obéissance libre, une aliénation volontaire, une contrainte pleinement acceptée. Il sert de grille de lecture pour penser l’obéissance aux lois publiques. » L’ordonnateur des grandes déportations, Eichmann, loyal à son serment initial, revendique la « moralité » de son obéissance et la fait porter par une responsabilité de pure loyauté. Plusieurs angles offrent à l’esprit des mots, des concepts, des outils d’analyses pour approcher la question de l’obéissance. Ce livre parcourt l’histoire et convoque bien des sommités pour tirer des fils. « Diogène invectivait Alexandre, le roi des rois, en le traitant de bâtard et en hurlant "Je cherche un homme" ». Se sentait-il bien seul ? Depuis Pic de la Mirandole, on n’a cessé de dire : la dignité de l’homme tient dans sa liberté. Si le débat peut faire jouer la dignité contre la liberté, c’est que le concept même de consentement noue une articulation contradictoire. Consentir, c’est consentir librement à être dépendant d’un autre. Nous nous obligeons envers l’État à obéir aux lois dont la finalité première n’est pas la justice, mais la sécurité. Furieusement actuel. Alors surgit cette idée que l’idéologie du consentement, c’est de nous faire comprendre qu’il est toujours trop tard pour désobéir. Parmi une foison d’exemples, Frédéric Gros rapatrie l’expérience de Solomon Asch qui démontre que devant l’évidence, nous sommes 40 % à contredire notre perception première face à un nombre de personnes qui démentent l’évidence. Le cobaye voit bien qu’il y a trois traits sur le tableau, mais tous les autres affirment qu’il y en a deux. Une petite voix me dit alors : « Fais comme tout le monde. Ne te pose pas de question. Ne te fais pas remarquer. Ne fais pas le malin. À quoi bon ? » La vérité est une erreur majoritaire. Il y aurait donc la crainte de se sentir seul, isolé, exclu, rejeté à l’idée de dire une évidence. Comme s’il s’agissait d’une désobéissance… Par Lionel Leroi-Cagniart Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°91, octobre 2020 : Autopsie d’une crise (2e partie)

  • Le sens du soin

    11èmes Automnales de l’Éthique en Santé - Clermont-Ferrand - Intervention de Lionel Leroi-Cagniart Clermont-Ferrand, jeudi 21 octobre 2021 Thème des prochaines Automnales de l’Éthique en Santé en région Auvergne-Rhône-Alpes. Parmi d’autres intervenants, j’y traiterai du sens du travail quand il fait souffrir. Les Automnales de l’Éthique en Santé se déroulent chaque année, sur une journée complète. Cet évènement, pluridisciplinaire et ouvert à tous, donne l’occasion d’aborder avec le public différents sujets de préoccupations éthiques d’actualité. Plusieurs conférenciers sont invités et proposent des présentations sur le thème de la journée, alternant contenus théoriques et échanges avec la salle. Organisées par L' Espace de Réflexion Éthique Auvergne Rhône Alpes : https://ereara.com/evenements/les-automnales/

  • Lu : "À nos amis"

    Le comité invisible, À nos amis, La fabrique éditions 2014 (réédité en 2018). Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n° 90, juillet 2020 : Autopsie d’une crise (1ere partie) En temps de confinement, de crise ou de guerre prétendue, ce livre est une porte ouverte vers une bonne santé psychique. Un réveil qui berce et qui borde la pensée comme un enfant avant la nuit. Roboratif d’apprendre qu’on peut cogiter autrement les grands enjeux de notre vivre ensemble au-delà de certaines fulgurances radicales. Amusant d’inverser les valeurs. Surprenant d’entrevoir des solutions. Jouissif d’observer des possibles. Ce livre s’adresse à ceux qui ne supportent plus le règne de la bêtise, du mensonge et de la confusion. Il se veut une contribution à l’intelligence de ce temps. Ce livre est un festival de considérations et de concepts revisités ou remis à l’endroit d’un bon sens qui n’aurait jamais dû nous échapper. Les insurrections se prolongent moléculairement, imperceptiblement, dans la vie des quartiers, des collectifs, des squats, des centres sociaux, des êtres singuliers, au Brésil comme en Espagne, au Chili comme en Grèce… Riche d’enseignement d’approcher le « mouvement espagnol d’occupation des places » et d’expérimenter à l’occasion d’épisodes collectifs, des bonheurs qui pourraient durer, mais que les pouvoirs ont cassés, médiatiquement surtout. Revigorant de reconsidérer les notions d’effort au service d’un autre capital que celui qu’on retrouve en bourse au lieu d’être dans nos personnes corps et âme. C’est une utopie qui se pense, se partage et se teste en petits comités (invisibles ?) pour l’instant. Il existe beaucoup de petites communautés. Il en reste encore plus à créer pour atteindre le niveau d’une vague submergeant ce qui nous étouffe. Comment dit-on « Je ne peux plus respirer » en langage efficace ? À nos amis ouvre des perspectives, élargit nos sens, offre un horizon frugal mais joyeux. Si vous détestez le monde d’aujourd’hui, vous aimerez la vie de demain qu’il suffit de vouloir au présent. Ici, pas de création en ismes, pas de novlangue, ni de plan binaire, structuré, à respecter. Juste une liberté d’appropriation par le plaisir et le désir qu’engendre l’intelligence du propos. C’est un genre de texte à portée universelle. Qu’on soit un intello ou pas, un bobo ou pas, un paumé ou pas, un de peu ou de beaucoup pris dans les rais du maillage infernal des contradictions entre nos envies et le réel. Le réel dans lequel nous étrangle le libéralisme, le capitalisme et autres ismes, à savoir le capital libéral borné, taré, obtus. Extraits choisis à lire sur le site de la revue Pratiques. Par Lionel Leroi-Cagniart Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n° 90, juillet 2020 : Autopsie d’une crise (1ere partie)

  • Pas de soin sans soignants soignés

    Article de Lionel Leroi-Cagniart paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°78, juillet 2017 : Essence et sens du soin Ignorer la volonté farouche de bien faire qui préexiste à l’action, c’est prendre le risque de noyer l’organisation dans une mer de paperasserie qui s’autojustifie. Si les collectifs avaient voix au chapitre, on distinguerait l’essentiel de l’accessoire sans être empêchés de faire du bon boulot. Le couloir du mardi Le matin, il suffit d’être présent, de regarder et d’écouter. L’irréel long silence d’un couloir peut parfois en dire davantage qu’une réelle agitation. Sous l’apparence du calme couve la plainte. Alors que j’observe l’absence dans ce lieu de vie, s’élève tout à coup le cri de la rage et de l’impuissance confondues. Je reconnais le timbre de voix de ce monsieur de 57 ans. Un soin délicat ? Une plaie douloureuse ? Une erreur de manipulation ? Quoi ? Le temps de reprendre son souffle et le résident réitère son appel désespérant. La longue plainte se perd quelques part dans les couloirs, a priori sans heurter une autre oreille que la mienne. Dix minutes que ça dure et toujours le silence comme une vague recouvre une trace dans le sable. Ancien chef de service, psychologue clinicien ici et du travail ailleurs, je sais les difficultés pour trouver du personnel, les arrêts maladies, mais aussi les erreurs de planning et le manque de personnel sur le terrain. De là à supposer une absence absolue de salariés… Je m’avance dans ce couloir qui n’est pas mon espace de travail habituel. Devant la chambre d’où parviennent les plaintes, je frappe à la porte. Je m’annonce et ne passe que la tête Il reconnaît ma voix et délicatement m’annonce qu’il attend quelqu’un depuis longtemps. Il sèche ses larmes. Je le vois de dos. Il est nu, assis sur une chaise percée au milieu de sa chambre. Évidemment abandonné. De retour en salle à manger, où des résidents attendent en silence le petit-déjeuner, une infirmière me dit qu’elle va le voir et m’annonce que le voisin du monsieur ne veut pas sortir de sa chambre, qu’il est bougon. Je retourne dans le couloir. Je suis autorisé à entrer dans la chambre et à m’asseoir pour discuter. Il me fait ses yeux de cocker. À 58 ans… La discussion s’engage. Tout y passe. Le cancer de Johnny, l’absence de sa femme, le décès de sa mère quand il était gamin, l’angoisse de « passer le permis » la semaine prochaine pour son futur fauteuil roulant électrique et surtout l’ennui. Les journées qui se répètent et leur longueur qui s’étire. Les levers, les couchers, les toilettes, les repas et trop rarement quelqu’un disponible pour discuter, aller se promener, faire quelque chose, exister. Nous passerons une partie de la matinée à échanger en divers lieux de la structure. Jusqu’à l’arrivée d’un autre voisin de couloir dépressif, de retour de chez son psychiatre. Cet autre pensionnaire de 59 ans lui aussi attire mon attention dès qu’il m’aperçoit. Je m’approche et c’est un flot de doléances : « Je veux partir d’ici. Tous des cons. Je veux voir le directeur. Il est pas là ? Il est jamais là. Comme les autres. Je m’emmerde ici… » Nous finirons la matinée ensemble avec les deux autres personnes autour de leur table habituelle dans la salle à manger. Ce qui les relie ? L’ennui le plus épais qui soit, facteur d’aggravation de l’équilibre psychique quand l’autonomie physique est déjà largement réduite. Ils entendent les équipes se plaindre du manque d’effectif. Ritournelle. Ils comprennent leurs difficultés d’assurer leurs tâches. Réalité. Ils cernent les atermoiements des chefs qui répliquent aux plaintes des équipes. Rarement. Ils finissent par souffrir de leur condition sans issue raisonnable. Rudesse. Je peux lever l’écriteau de la « maltraitance institutionnelle » pour expliquer la situation, je n’ai pas de prise sur ce réel qui échappe tant que la hiérarchie ne s’y attaque pas. Mais pour qu’elle puisse envisager qu’elle en est à l’origine par une défaillance d’organisation, il faudrait qu’elle range ses pudeurs de gazelle. Il faudrait qu’elle apprenne à observer pour analyser sans rejeter systématiquement les « fautes » sur les subordonnées. Mal traiter les soignants, c’est maltraiter les patients. La maltraitance institutionnelle s’organise autour du refus de concevoir que les dysfonctionnements ont des origines qui relèvent de l’organisation, donc de leurs responsabilités. Pour reconnaître cela, il faut baisser la garde de la posture de l’autoritaire. Du bon boulot avec de mauvais outils ? Il est des lieux de soins moins connus que l’hôpital, la clinique ou le cabinet de ville. Il s’agit des lieux de vie pour handicapés tels que les Foyer d’accueil médicalisé (FAM), les Maisons d’accueil spécialisées (MAS) du même secteur médico-social. Un directeur général me disait un jour que ce secteur économique n’a jamais souffert du moindre refus budgétaire de la part des politiques, de droite comme de gauche. Plus près du terrain, c’est une autre histoire. Depuis quinze ans, les pouvoirs publics ont mis au pas les gestionnaires de ces établissements aux marges confortables. Et ceci au rythme de concentrations fortement encouragées. Dans la continuité des lois 2002 et 2005, dites de « rénovation sociale », il est exigé de ces structures toujours plus de traçabilité, reporting, opérationnalité, rentabilité… sur un océan de bonnes volontés des accompagnants et des soignants. Aujourd’hui, les directeurs sont généralement diplômés de l’école de Rennes. Ils savent établir des budgets. Compléter les canevas de documents fournis par leur direction générale, pour les projets d’établissements par exemple. Répondre à des questions simples et croiser des données pour des évaluations qui interrogent sur leur valeur. Le tout relève d’un système qui rêverait de voir « Le travail sans l’homme ? », pour emprunter au titre d’un ouvrage du Professeur Yves Clot, philosophe et psychologue. Bonheur à la tâche non garanti. Entre les directeurs généraux qui déterminent les colonnes de chiffres et militent pour des objectifs généraux et les directeurs qui rament pour fournir de grandiloquents objectifs opérationnels, les chefs de service qui courent après les preuves d’actions pratico-pratiques à fournir, le personnel accompagnant censé afficher un activisme décollé des besoins non élucidés et les soignants qui peinent à trouver leurs repères pour s’accorder une sérénité sécurisante, le tableau s’assombrit. Pour qui ? D’abord pour les personnels empêchés dans leur volonté de bien faire et par voie de conséquence pour les personnes accueillies. On soigne de moins en moins bien. On rentabilise de mieux en mieux Dans un de ces établissements, on leur avait dit que dix minutes de pause supplémentaires pouvaient mettre en danger l’équilibre des finances au service des plus démunis. Si au début la culpabilité faisait taire, à la fin elle a fini par agacer. C’est alors que des syndicats ont demandé un audit des comptes. Et qu’a-t-on découvert ? Que face au manque de moyens pour excuse bidon, les chiffres comptables dénoncent l’opulence. Abondance des salaires hors convention (ceux des directeurs généraux et autres directeurs généraux adjoints). Fonds propres en millions d’euros équivalents à des mois de fonctionnement autonome. Une santé financière de fer et un discours éthique de surface et donc de misère. Et en plus, ils invitent les salariés qui pestent sur la réduction des moyens à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Comment, après tout ça, exiger des subalternes mal traités, aux ressources physiques et psychiques amenuisées, qu’ils prennent soin des personnes fragiles ? Comment s’étonner que des accompagnants et des soignants soient malades de ne pouvoir bien faire ce qu’ils aimeraient pourtant réaliser avec fierté ? En guise d’éclaircie Nous connaissons toutes et tous (c’est à espérer) des structures où les directions ont misé sur le soutien des équipes pour leur permettre de co-construire le sens du soin et de l’accompagnement. Il existe des directions qui militent pour engager leurs équipes sur la voie de la coopération, en partant d’une organisation où la participation de chacun permet d’élaborer collectivement du sens. L’autorisation de penser l’action y est soutenue et accompagnée. La clinique de l’activité peut être un moyen de surmonter les impasses de l’impensé. Pour que la routine ou l’habitude n’étouffe pas le désir d’activer l’interrogation chère à Jean Oury : « Qu’est-ce que je fous là ? » Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°78, juillet 2017 : Essence et sens du soin L'édito Les métiers du soin devraient être pensés dans la perspective des attentes et besoins de la population, ce qui exigerait une politique qui prenne en compte la santé dans toutes ses dimensions. Or, la restructuration profonde des lieux et modes d’exercice et la dégradation des conditions de travail des soignants posent plus que jamais la question du sens de leurs missions. Il en est de la santé comme de toute la sphère publique et privée : l’inversion des priorités, la suprématie de la marchandisation causent des dommages conséquents sur le vivre ensemble et la santé des personnes. Qu’attendent les patients et quelles sont les aspirations professionnelles des soignants? Malgré la dégradation profonde des conditions de soins, il subsiste chez la plupart des soignants des valeurs positives comme la solidarité, la compétence, l’attention à l’autre, le respect, l’éthique. Comment faire pour que ces aspects soient revalorisés et surplombent l’idéologie budgétaire? A l’hôpital, la segmentation des actes pratiqués, l’approche analytique comptable obligent à saucissonner les patients pour soigner leurs organes. Ces choix ont des effets collatéraux conséquents sur le contenu des soins ainsi que sur les priorités qui s’imposent, au grand dam des soignants comme des patients. Les médecins généralistes ne sont pas épargnés par ce changement de paradigme qui impose la segmentation des actes en lien avec leurs revenus. Les soignants se sont laissé déposséder de l’essence du soin, ils se sont inclinés à leur corps défendant devant la rentabilité exigée qui a profondément dégradé leur propre estime de leur travail. Soigner se réduit alors à traiter. Quels changements pourraient donner une place respectable et active à ceux qui souffrent? Les auteurs, soignants de différents lieux et métiers, montrent par la diversité de leurs approches et de leurs expériences comment ils font pour faire face à ce que la médecine traite désormais comme «quantité négligeable». Certains soignants font preuve d’une inventivité remarquable pour répondre à une demande de soins très différente de celle pour laquelle ils ont été formés, qu’il s’agisse d’accompagner les migrants, victimes de situations de non droit, ou d’assurer le suivi des toxicomanes dont la conception des soins a radicalement changé avec les traitements de substitution. Sauver les métiers de la santé (et préserver ceux qui les exercent) exige de remettre d’urgence le sens du soin sur le devant de la scène. Le repenser à partir des valeurs de solidarité permettrait aux soignants de retrouver le courage et le plaisir d’exercer, une «révolution» à laquelle il est urgent de s’atteler.

  • Lu : "Pour une médecine sociale"

    Didier Ménard, Pour une médecine sociale, Ed. Anne Carrière, octobre 2020 Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°92, janvier 2021 : Vieillir vivant Pas besoin d’être médecin pour lire le livre du docteur Didier Ménard paru aux éditions Anne Carrière en octobre 2020. Il s’adresse à tout le monde. C’est l’histoire tendre d’un gosse de banlieue devenu médecin. Mais pas que. Dès le début, on est embarqué sur les traces de la vie d’un homme de condition modeste qui accède à l’exercice de la médecine et qui s’interroge très vite sur la place du soin, de la santé et d’un cabinet au cœur d’une cité déshéritée. Le Franc-Moisin, dans le 9-3 comme ils disent. Didier Ménard doit choisir entre la passion du sens et la passion de la gestion. La Covid-19 s’invite en toile de fond dans l’histoire pour révéler quelques travers de la gestion. Même si l’idée vient de l’éditeur, elle a le mérite de marquer le récit du sceau de l’actualité. En effet, le coronavirus agit comme un révélateur de notre système de santé et plus largement de notre société. Car c’est bien un virus de classe auquel nous avons à faire. Il démontre que les conditions sociales, psychiques et culturelles renforcent ou affaiblissent selon que l’on est d’un côté ou d’un autre de ce qui définit nos vies dans un système conditionné par la technique, la structure et la gestion. Par les nombres plus que les hommes en somme. De sa dyslexie et de sa dysorthographie mal vécues dans l’école de la République, le jeune Didier Ménard se tire d’affaire. Puis, il voyage en Afrique. Cela lui servira plus tard pour décoder les plaintes de ses patients maliens, algériens, sénégalais, mauritaniens. Il milite aussi en politique. Il se forge une conscience citoyenne qui le fera œuvrer au service des plus démunis. Entre disséquer des souris et lire Camus, se faufile un destin, une orientation. Son histoire, ses origines, son parcours, son engagement, ses hésitations, sa critique de la faculté et des stages et puis, la rencontre qui fait tilt. Un médecin qui lui tend la main, lui fait confiance. À l’époque, quand il était étudiant, interne, s’asseoir au chevet du patient et lui parler des choses de la vie semble mal vu. Déjà… Deux syndicats se font face. Le Syndicat de la médecine générale (SMG) et la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Déjà… Y aurait-il d’un côté la médecine sociale et de l’autre la médecine curative ? Le SMG, considéré comme non représentatif, est marginalisé par le gouvernement socialiste de l’époque (oui, oui) pour ne pas fâcher le second. Car le premier promeut une médecine générale spécifique, globale et compétente pour qui le médecin évalue le vécu du mal-être dans sa dimension physique, psychique et sociale et propose une démarche diagnostique, thérapeutique et relationnelle dans la continuité de la relation médecin patient. Le second se situe plus dans un système se référant au paiement à l’acte. Plus tu vas vite, plus tu gagnes de l’argent. Le système pousse à la multiplication des consultations et exclut le généraliste du débat public par manque de temps. Persuadés qu’ils dispensent le bien, les médecins continuent de mener des interrogatoires quand la police, elle, consciente de ce qu’elle fait, édulcore la chose en auditions. Fine remarque, cher docteur ! Dans deux chapitres intitulés : Consultations 1 et 2, l’auteur illustre son propos par des exemples concrets. On y découvre ce que veut dire pour lui « être dans son rôle de médecin ». Des exemples pourraient faire dire à ceux qui prônent le flux tendu du paiement à l’acte qu’il « dépasse les bornes ». De la raison économique instituée ? Peut-être. Mais sûrement pas du souci de l’humain. Dans le colloque singulier s’expriment les souffrances sociales et parfois « les caïds s’y cachent pour pleurer » précise joliment Didier Ménard. Dans la salle d’attente, on tricote du lien social. Pourtant, en 2008, la loi interdit d’avoir une salle d’attente commune entre différentes professions médicales. En 2009, la loi Hôpital, Patients, Santé, Territoires (HPST) crée les Agences régionales de santé (ARS) et définit les maisons de santé pluriprofessionnelles. Pour le militant, il s’agit de s’organiser pour bénéficier des apports d’un collectif, vaincre les solitudes, pour orienter des choix d’actions, d’actes professionnels, éviter le sentiment de doute en solitaire. Didier Ménard s’ingénie à décloisonner tout au long de sa carrière les professions soignantes, le système de santé et le système médico-social et social. Il promeut une médecine avec et non pour les plus vulnérables et les plus invisibles. Un modèle collaboratif pour une santé communautaire. Lionel Leroi-Cagniart Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°92, janvier 2021 : Vieillir vivant

  • Lu : "La chauve-souris et le capital, Stratégie pour l’urgence chronique"

    Andreas Malm, La chauve-souris et le capital, Stratégie pour l’urgence chronique, La fabrique éditions, septembre 2020. Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°94, juillet 2021 : La santé dans le monde d'après... Andreas Malm est maître de conférences en géographie humaine. C’est l’étude spatiale des activités humaines à la surface du globe. Suédois, il milite pour le climat. Son livre, La chauve-souris et le capital, est traduit par Étienne Dobenesque. Écrit pendant le premier confinement, il est publié aux éditions La fabrique en septembre 2020. Pour sortir de l’impasse, l’auteur propose une stratégie pour l’urgence chronique et faire cesser entre autres le débordement zoonotique. Quand les agents pathogènes animaux se frayent un chemin jusqu’à nous au point de nous causer la peste bubonique, la rage, le VIH, Ebola et devinez qui d’autre ? Notre nouvelle star, le coronavirus. La première moitié du livre nous raconte comment voyagent les virus à travers les espèces et ce qui motive ces migrations. Passionnant. Factuel. Ultra-didactique. Les réactions humaines à ses intrusions, motivées par la peur et l’angoisse, ont ceci de particulier que dans un monde capitaliste, motivé par des priorités économiques notamment, les modes de protections se mesurent à l’aune de l’intérêt monétaire prioritairement. À hauteur de globe, ça donne une approche Nord/Sud. Entre autres. Au nord, on opposera ville/campagne. Ou, capitale/banlieue. Au sud, on sera plus direct : riches/pauvres. Globalement, c’est kif-kif. Alors quoi ? « La meilleure protection contre les zoonoses virales est le maintien des barrières entre les réservoirs naturels et la société humaine. » Petit souci, quand le capital entre en relation avec le monde sauvage, il en extrait une valeur d’usage et c’est alors que la nature est rasée, capturée, encagée et emportée sur le marché. Mangée de l’intérieur. Bois issu de la déforestation, animaux sauvages au marché noir etc. et autre joyeux travers (de porc ?). « Le capital ne cherche pas à détruire, juste à se reproduire. Il est dans son ADN de s’accrocher et d’absorber. Contrairement à d’autres parasites, il ne peut se contenter de végéter. » En 2018, une équipe de chercheurs concluait : les chauves-souris provoqueront une pandémie, ce n’est qu’une question de temps. Les migrations animales, dues au climat et à l’activité humaine perturbante, libèrent quelques virus, pour le dire gentiment. Visiblement, ce n’est que le début de l’urgence. Et c’est peut-être parce qu’on manque de temps pour stopper le délire qu’Andreas Malm nous propose une solution radicale : le communisme ! Vous plissez le front ? Moi aussi, mais peut-être pas pour les mêmes raisons. Selon l’auteur, il y aurait un bénéfice à tirer du charme de l’autoritarisme d’un gouvernement qui planifierait le bon sens et le bien au travers de décisions qui s’imposeraient à tous. Vous trouverez quelques exemples dans son livre à la seconde moitié. Il existe donc une efficacité à contraindre les peuples pour le bien de la planète et donc pour leur bien. Son analyse du capitalisme et de ses conséquences est convaincante, mais j’ai toujours trouvé suspect qu’on me dise : c’est pour ton bien ! Qu’il faille aller vite est évident. Climatiquement, l’urgence est là. Que le capitalisme dont la devise est business-as-usual soit visé par des mesures coercitives au nom d’un projet global de protection sanitaire, évidemment. Mais comment tordre le bras du capitalisme sans asservir la liberté ? Oui, oui, je sais, le capitalisme n’est pas synonyme de liberté. D’ailleurs, elle est où ? « Si nous ne voulons pas vivre sur une planète enfiévrée habitée par des gens fiévreux, il faut des méthodes révolutionnaires. » Ok Andreas, mais lesquelles ? La majorité va-t-elle suivre celles que tu proposes ? Un bon livre pour en débattre efficacement. Lionel Leroi-Cagniart Article paru dans la revue Pratiques Cahiers de la médecine utopique n°94, juillet 2021 : La santé dans le monde d'après...

  • Lu : "Patients zéro – Histoires inversées de la médecine"

    Un ouvrage de Luc Perino, paru aux éditions La Découverte, 2020. Article paru dans Pratiques, Cahiers de la médecine utopique n°95; octobre 2021 : Le patient face au système de soin Les errements historiques de la médecine, de la chirurgie, de la psychiatrie et de la pharmacologie sont exposés dans ce livre de Luc Perino paru en 2020 aux Éditions La Découverte. Une offre de respiration. Autant que si les hommes politiques se mettaient à reconnaître leurs égarements. Les Histoires inversées de la médecine sous-titre de Patients Zéro, rendent justice aux malades, miraculés, cobayes, victimes ou martyrs restés dans l’ombre des auteurs d’expériences, d’erreurs de diagnostics et de découvertes médicales faites grâce à leurs corps souffrants. Paraphrasant Georges Canguilhem cité en prologue, on peut dire que c’est parce qu’il y a des malades qu’il y a une médecine, et non l’inverse. On peut voir dans ce livre que ce n’est pas toujours aussi radical que ça, notamment quand des intérêts entrent dans la danse… Quand « l’industrie comprend que les personnes saines sont plus nombreuses que les malades, la prévention pharmacologique devient un marché faramineux ». Un peu le cas du cholestérol décrit à travers le cas de Giovanni, vers la fin du livre. La découverte de l’anesthésie ? Une histoire tumultueuse écrite par des truands, des forains, des arracheurs de dents qui ont su séduire un mandarin. Où ça ? Dans un cirque ! Qu’est-ce qui a permis de comprendre les fonctions du lobe frontal ? Le lobe de l’humeur, de la morale, de l’empathie, de la socialisation. Une barre à mine ! Projetée à la vitesse d’un obus, elle a traversé la joue gauche d’un certain Phinéas Cage, fait exploser l’œil, est ressortie au milieu du crâne, derrière le front pour atterrir vingt mètres plus loin. Charcot, Freud, Breuer, vous connaissez ? Évidemment. Un peu moins Justine ou Emmy. C’est normal. Elles étaient hystériques et un peu cobayes aussi. En plus, les autres étaient des hommes… Bref, Luc Perino prend plaisir à narrer l’histoire incroyable des sommités de cette époque qui se relaient autour d’une maladie réfractaire à la science. Quand on cite Pasteur, on pense vaccin. Mais que sait-on du respect des règles éthiques pour parvenir à quelques certitudes quand il s’est agi de traiter le petit Joseph ? Vous le découvrirez page 47. Quant à Mary Mallon, devenue Mari Brown à la santé de fer et au moral d’acier comme la décrit l’auteur, elle sera le cas index d’une épidémie locale, porteur asymptomatique d’un agent pathogène. Le patient zéro étant le premier porteur symptomatique identifié. Cette femme robuste, irlandaise, traversera l’océan Atlantique pour l’Amérique. Elle propagera bien malgré elle la typhoïde dans toutes les familles riches qui l’emploient pour sa force de travail et son caractère bien trempé de soumise. Vous découvrirez comment elle fut mise en quarantaine jusqu’à sa mort. À côté, nos actuels confinements sont des intermèdes. La prouesse médiatique de la mainmise du marché sur l’information sanitaire n’évoque sans doute rien pour vous. Cette « maxime » vous sera illustrée à travers le cas de la maladie d’Alzheimer, qui n’est en fait qu’une démence du sujet jeune, rare et dégénérative. Un nouveau mot avait fait disparaître le diagnostic de démence sénile. Bel exemple de communication performative. Dans le chapitre intitulé « Les carnages du genre », serez-vous surpris que Lili soit un garçon ? Son histoire évoque la réponse chirurgicale à l’intersexualité, rarement bonne pour un problème essentiellement psychique et existentiel. Quant à Bruce, qui rencontre John Money, psychologue et sexologue, défenseur de la réassignation sexuelle forcée chez les intersexuels, il se suicidera à trente-huit ans après des souffrances physiques et psychologiques incroyables. Une histoire cinglante d’ignorance de l’anatomie et du psychisme. Gregor naît en 1956 un jour de Noël, sans oreille. Un seul diagnostic s’impose : le hasard. Sympa le diagnostic. L’auteur raconte le lien établi après moult péripéties avec la prise de médicaments pendant la grossesse de la mère. Vous découvrirez son nom commercial et générique dans le livre de Luc Perino qui mérite bien cette note de lecture. Lionel Leroi-Cagniart Article paru dans Pratiques, Cahiers de la médecine utopique n°95; octobre 2021 : Le patient face au système de soin

  • Suicides chez France Télécom : interview de Lionel Leroi-Cagniart sur France Info - 12/09/2009

    Après le 23e suicide chez France Télécom en 18 mois, les syndicats dénoncent une gestion par le stress et des changements de postes à répétition. Lionel Leroi-Cagniart, psychologue du travail, revient sur ce phénomène des suicides au travail. Cliquer sur le logo France Info pour écouter l'entretien

  • Votre métier vous passionne ? Vous n’êtes quand même pas à l’abri d’un burn-out

    Une récente étude révèle que le décalage entre les aspirations professionnelles et la réalité d’un poste, au-delà de le décevoir, peut mener un salarié au burn-out. Même les chanceux qui ont trouvé leur voie ne sont pas à l’abri de craquer un jour. Voici pourquoi. Vous êtes plutôt introverti mais votre métier vous impose de vous mettre en avant ? Le burn-out vous guette peut être ! On a l’habitude de le définir comme le syndrome d’épuisement professionnel, mais il semble qu’il ne soit pas seulement dû à un stress chronique causé par une surcharge de travail ou un management hostile. L’inadéquation entre vos besoins inconscients et les caractéristiques du poste que vous occupez entrent aussi en jeu. C’est ce que vient de conclure une étude* menée par Veronika Brandstätter, Veronika Job et Beate Schulze, trois chercheuses des universités de Zurich en Suisse, et de Leipzig en Allemagne. Besoin d’affiliation et besoin de puissance Pour en arriver là, les trois expertes en psychologie ont comparé les aspirations professionnelles et le niveau de bien-être de 97 salariés et salariées, victimes d’un burn-out, avec les caractéristiques de leur poste. Au terme de leur étude, elles ont observé que tous ont craqué parce qu’ils n’ont pas assouvi un besoin inconscient, susceptible de les motiver. Ils sont fait pour travailler en collaboratif (besoin d’affiliation) ou influer sur leur entourage professionnel (besoin de puissance), mais aucun n’occupe un poste qui leur permet de satisfaire ce besoin profond. Ainsi, selon l’étude, un fossé entre leurs aspirations professionnelles et les caractéristiques de leur poste s’est creusé au fil du temps. Et plus celui-ci s’agrandit, plus la tendance au craquage augmente. Lire la suite sur le site www.cadremploi.fr

  • La souffrance au travail expliquée par un psychologue

    Qu'est-ce que la souffrance au travail ? Quels sont les signes montrant qu'un salarié souffre au travail ? Quel est le rôle du psychologue en cas de souffrance au travail ? Quelles solutions peuvent être envisagées pour le salarié ? Le salarié doit-il quitter l'entreprise ? Psychologue en institution et en cabinet privé depuis 10 ans après avoir été chef de service, journaliste et animateur socioculturel, la pratique clinique du psychologue clinicien du travail Lionel LEROI-CAGNIART soutient celles et ceux qui vivent une souffrance au travail ou un temps de transition… Qu’est-ce qu’une souffrance au travail ? La souffrance au travail est première, mais elle n’est pas essentielle au travail. Si le travail permet de se réaliser au sens large, il est donc aussi un plaisir. Au fait, c’est quoi le travail ? C’est ce qui se trouve entre la tâche prescrite (ce qui est à faire) et l’activité réalisée (ce qui est fait pour parvenir à la tâche). C’est la réponse, l’intelligence, la créativité que déploie le salarié pour surmonter l’inattendu du réel qui se présente à lui. Un serveur qui tombe en panne, un collègue absent, un retard de courrier, une panne électrique, un embouteillage… toute sorte d’événements qui perturbe le déroulement ordinaire du prescrit qui ne peut prévoir l’inattendu du réel. Ne pas reconnaitre que les salariés surmontent les impasses du réel, c’est déjà faire souffrir. La souffrance au travail se situe dans l’angle mort du rétroviseur censé refléter le travail réalisé. Donc, ne pas reconnaitre les efforts, évaluer uniquement le résultat obtenu, mesurer juste la tâche quantifiable… c’est oublier que derrière les résultats, des petits génies de la débrouille ont fourni des efforts qui n’étaient pas attendus et qui demeurent essentiels. Regarder le doigt qui montre la lune, ça peut être désobligeant et faire souffrir. Lire la suite sur le site www.coindusalarie.fr

  • Franceses se sentem mais cansados depois das férias, mostra pesquisa

    Radio France Internationale. Émission hebdomadaire de Santé/Sciences au Brésil : La fatigue après les vacances. Pourquoi les employés se sentent-ils parfois davantage épuisés après une longue période de repos ? O verão está chegando ao fim na França, o ano letivo mal começou, mas a maioria dos franceses que acaba de voltar de férias já está exausta. Esta é a conclusão surpreendente de uma pesquisa realizada no início do mês de setembro pelo instituto Odoxa, a pedido do jornal Le Figaro e da radio France Inter. A sondagem mostra que 52% dos entrevistados se sentem tão cansados quanto antes do merecido descanso. Um dos motivos, segundo o estudo, é que raramente as férias são um período de real repouso, onde as pessoas aproveitam para comer melhor, praticar esportes ou dormir em horários regulares, medidas que comprovadamente atenuam o cansaço. Há também a dificuldade do retorno à rotina profissional, explica o psicólogo do trabalho francês Lionel Cagniart Leroi. “O trabalho nos enclausura em um ritmo cotidiano que acaba sendo apropriado pelo corpo e a mente, mas, de uma certa maneira, provoca sofrimento e cansaço. Quando há uma boa adaptação, ele é realizado quase sem reflexão. O que provoca uma espécie de automização cotidiana”, diz. Um processo nocivo que pode, em alguns casos, transformar o cansaço em um mal crônico. Écouter l'émission : La fatigue après les vacances. Pourquoi les employés se sentent-ils parfois davantage épuisés après une longue période de repos ?

  • Vous êtes ultra performante mais ultra angoissée, bienvenue chez les insecure overachievers

    16 mai 2018, interview sur le site du magazine MARIE CLAIRE, extraits... Il réussit tout mais juge ses performances insuffisantes. Il travaille comme un fou, aveuglé par l'angoisse et le sentiment que ce n'est jamais assez : l'insecure overachiever n'a pas conscience de ses excellentes performances. Contrairement aux entreprises. Première de sa classe toute sa scolarité cannoise, directrice marketing à New-York, chef de projet à Tel-Aviv. Ethel apprend vite et s'adapte plus vite encore. […] Selon le psychologue du travail Lionel Cagniart Leroi, les insecure overachievers ou les superformants angoissés comme Ethel poursuivent un « idéal inatteignable ». […] « Souvent, les personnes qui montent dans la hiérarchie plus vite que prévu sont très angoissées » constate le psychologue du travail. […] et il avertit : « Quand on n'a pas de limite, le risque, c'est le burn-out.» Lire l'intégralité de l'article sur le site Marie-Claire

  • "Repérer ses limites relationnelles pour éviter le burn-out."

    Journées francophones des aides-soignants. Jeudi 25 & vendredi 26 janvier 2018 - Espace Charenton, Paris L’Aide-soignant, l’agressivité et la violence dans les soins : comment rester bien-traîtant et responsable avec les patients et leur famille ? Objectifs : Actualiser ses connaissances sur les concepts « AGRESSIVITE » et « VIOLENCE » dans le domaine de la santé (Réalités et significations ». Donner du sens aux situations vécues. Savoir gérer ses émotions dans ses relations de travail (collègues, malades et familles). Repérer ses limites relationnelles pour éviter le burn-out. Télécharger le programme

  • Les 10 commandements du bien-être au travail

    Un salarié qui se sent bien dans son bureau, son poste, sa tête, son corps et avec ses collègues est forcément plus motivé et performant. Les entreprises l’ont bien compris. Tour d’horizon de ces attentions qui changent tout. 3ème commandement : Savoir se déconnecter, pour ne pas craquer. « Il faut laisser son ordinateur au bureau, éteindre son téléphone », insiste Lionel Cagniart Leroi, psychologue du travail. Selon l'expert, la prise de conscience existe chez les dirigeants d'entreprise : « Ils sont de plus en plus à obliger leurs salariés à s'arrêter, souligne-t-il. Par exemple… Le salaire, le poste ou un titre ne suffisent plus à l'épanouissement des collaborateurs. Pour qu'ils se sentent bien et soient performants, l'entreprise doit offrir du sens, une attention, des conditions de travail et des moments de décompression. 1. Bien installé, tu seras En ce jeudi matin, Jean-Luc a choisi une grande table noire, assez formelle, à proximité de la terrasse avec vue sur les toits de Paris et le Sacré-Coeur. Pierre a préféré les fauteuils de la bibliothèque, portable sur les genoux. Au siège de Nexity, rue de Vienne (VIIIe), au cinquième étage, chacun s'installe où il veut, en fonction de son humeur ou de son envie. Depuis deux mois et demi, les équipes dédiées à l'immobilier d'entreprise ont pris possession de locaux complètement réaménagés avec coin canapés, tables hautes, petite salle de réunion, table qui serpente, triangle de sieste, « troquet » ou poufs moelleux. « On teste chez nous ce que l'on va proposer à nos clients, s'enthousiasme Véronique Bédague, PDG de Nexity immobilier d'entreprise. Nous avons choisi du bois, des papiers peints dans les tons verts. L'idée c'est de se sentir bien. L'immobilier est un facteur fort de bien-être. » Si la proximité des transports et l'environnement du quartier restent des éléments fondamentaux, la spécialiste constate que l'aménagement intérieur des bureaux est de plus en plus important. « Pour attirer les talents, les entreprises ont besoin de lieux agréables, conviviaux, qui permettent de se sentir bien et de se mettre en mode projet », analyse Véronique Bédague. D'où un fourmillement de petits espaces favorisant les rencontres et le partage. « Je ne regrette pas mon bureau individuel, témoigne Jean-Luc. Ce cadre de travail est plus apaisé, serein et il permet des discussions informelles. Plus besoin de prendre rendez-vous. » 2. De bonnes postures, tu adopteras Travailler sans attraper torticolis ou mal de dos, n'est-ce pas le début du bonheur ? Frédéric Srour, kinésithérapeute et ergonome en entreprise, anime régulièrement des ateliers pour apprendre aux salariés à adopter les bons gestes. Il est aussi l'auteur avec Emmanuelle Teyras de « Même pas mal, le guide des bons gestes et des bonnes postures » (First Editions). « Comme on dit en anglais, The good posture is the next posture, la bonne posture, c'est la suivante, annonce Frédéric Srour comme première règle. C'est bouger qui est bénéfique. » Il va même jusqu'à tordre le cou aux idées reçues : « Il vaut mieux changer de posture que de rester dans une bonne posture. » Pour atteindre ce Graal sans passer pour un agité sur sa chaise, le spécialiste conseille de « décoller toutes les dix minutes son dos du fauteuil, de se redresser et de placer l'écran en face de ses yeux, de se placer de temps en temps sur le rebord du siège et de profiter de chaque occasion de la journée pour se mettre debout. » Oublié donc la tasse de café et les dossiers rangés à portée de main. « On peut mettre volontairement à distance certains éléments dont on a besoin pour se lever », encourage-t-il. Le kiné voit d'un très bon œil l'arrivée, depuis cinq ans dans certaines entreprises, de postes de travail munis de tapis roulants ou de vélos, mais aussi de gros ballons en guise de siège. « Rien n'est interdit ! » Mais l'ergonome d'interdire… les réunions sans pauses. « Toutes les trente minutes, dix mouvements des jambes et dix mouvements des bras, cela devrait être obligatoire. Ça fait du bien à la personne et augmente l'attention. » 3. Le soir, la connexion tu couperas Savoir se déconnecter, pour ne pas craquer. « Il faut laisser son ordinateur au bureau, éteindre son téléphone », insiste Lionel Cagniart Leroi, psychologue du travail. Selon l'expert, la prise de conscience existe chez les dirigeants d'entreprise : « Ils sont de plus en plus à obliger leurs salariés à s'arrêter, souligne-t-il. Par exemple, ils peuvent déconnecter les ordinateurs, bloquer les SMS ou appels à partir d'une certaine heure. » Des start-up comme Calldoor ont élaboré des applications pour accompagner les entreprises dans cette démarche. 4. Les salariés, tu consulteras Florian Cordel veut s'attaquer au « sujet de fond » du bien-être au travail. Avec son entreprise « Human predictive intelligence » (HPI), le Lyonnais facilite le travail des responsables des ressources humaines, sa formation initiale. Il a créé, avec deux associés, l'outil numérique « Speak Up », censé mesurer le « climat social » dans une entreprise. « Avant de mettre des tables de ping-pong ou d'organiser des sessions sport entre collègues, il faut d'abord être à l'écoute des salariés ! », argue-t-il. Lire l'intégralité de l'article sur le site du Parisien

  • Au travail, le contre-coup des vacances

    Quelques semaines après la rentrée, il n'est pas normal d'avoir la boule au ventre au travail. Cette période de mal-être est l'occasion de faire le bilan. Un article évoque le travail après les vacances. Malgré de bonnes résolutions, le mur de la réalité. Comment sortir de l'impasse d'un malaise qui hante parfois le travail après quelques semaines de bon repos ? Ajustement ou reconversion ? L'heure du déjeuner passée, Catherine* s'installe à son bureau et se remet au travail. Sa carrière de journaliste ferait pâlir d'envie les plus grands et à 60 ans, son métier de reporter la passionne comme au premier jour. Pourtant, cet après-midi, elle éteint son ordinateur après s'être assurée d'avoir récupéré tous ses dossiers, rassemble ses affaires et se lève. "Je m'en vais", annonce-t-elle à sa plus proche collègue. Celle-ci a à peine le temps d'ouvrir la bouche pour en savoir plus qu'elle poursuit : "Oui. Je me casse. Ça suffit". Sans se retourner, elle passe la porte, un léger sourire aux lèvres, et un poids immense s'ôte de ses épaules. Doit-on vraiment attendre d'en arriver là pour tout plaquer ? N'y a-t-il pas de solution moins radicale ? "Quand les relations sont très difficiles et à la limite du harcèlement, il vaut mieux aller voir ailleurs", tranche Sylvaine Pascual, fondatrice de la structure Ithaque Coaching qui accompagne les travailleurs afin de retrouver du plaisir au travail.Depuis plus d'un an, Catherine subit quotidiennement pression, humiliations et coups bas de la part de la direction comme de certains de ses collègues. Chaque période de congé lui apporte l'énergie nécessaire à son retour, mais elle vacille inévitablement quelques semaines plus tard. Un schéma habituel pour Chantal Michard, psychologue spécialisée en psychopathologies du travail : "Le travailleur aura beau se reposer pendant les vacances, si à son retour les conditions de travail sont délétères, il sera violemment confronté trois semaines après au fait de ne pas se réaliser par le travail". Pour la psychologue, la priorité consiste à "prendre des mesures pour sortir de ce qui fait risque". C'est ce que Sylvaine Pascual appelle "des ajustements". Trouver des ajustements... "Quand on déteste le contenu de son travail, une reconversion professionnelle vaut le coup mais pour beaucoup, des ajustements peuvent suffire, développe la coach. C'est ce qu'on appelle le job crafting. Cet anglicisme décrit bien l'aspect artisanal, c'est quelque chose qu'on fait à la main, pour soi-même". Face à une situation qui ne lui convient pas, le salarié peut explorer les possibilités qui lui permettraient de s'épanouir. "Le télétravail, par exemple, est en plein développement, illustre Sylvaine Pascual. L'expérimentation peut se faire en termes d'aménagement d'espace, d'horaires et dans les relations". Alors, il devient possible de reprendre plaisir au travail, à condition "d'interroger le contenu et les relations". Lire l'intégralité de l'article sur le site de l'Express

  • Lutter contre le harcèlement en entreprise

    SMART JOB - Émission du lundi 19 avril Lundi 19 avril 2021, SMART JOB reçoit : Lucille Battail, fondatrice, Laboté , Audrey Tissot, responsable des veilles, SVP Information Décisionnelle , Lionel Cagniart Leroi, psychologue du travail, Membre du réseau national Souffrance et Travail, Emmanuel Weindling, président, #NOT ME France, Franck Papazian, président, Mediaschool et Valérie Duez-Ruff, avocate, spécialiste en droit du travail, barreau de Paris. La partie "Le cercle RH débute à 29 minutes, 12 secondes

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LIONEL CAGNIART-LEROI - Psychologue clinicien du travail
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