Psychologie clinique
Psychologie du travail - Clinique de l'activité
Psychothérapie, psychodynamique
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- LU. Christophe Dejours, Ce qu’il y a de meilleur en nous, Éditons Payot, 2021
Avec Ce qu’il y a de meilleur en nous, Christophe Dejours nous offre un voyage au pays de la réflexion, des rapports que l’on entretient avec notre travail. Il nous aide à sortir des impasses qui détruisent nos capacités de penser ce qui nous arrive. Deux niveaux de souffrance au travail se font face. Une première cause à laquelle on n’échappe pas : le réel qui se fait connaître à celui qui travaille par sa résistance à la maîtrise. « Sur le mode de l’échec, de l’expérience affective (surprise, désagrément, irritation, déception, colère…), le réel du monde se révèle au sujet qui travaille. » Une seconde cause de souffrance, plus délétère, vise à éviter ou au moins à limiter la première. L’organisation du travail met tout en place pour servir un résultat sans l’homme et ne voir en lui qu’une mécanique sans esprit, sans état d’âme, sans subjectivité. Meilleur moyen de le tuer en lui enlevant ce qui le distingue de la machine. Le capitalisme a besoin de lui, mais pas de ses humeurs. Un homme calibré pour la rentabilité. L’activité professionnelle procure une satisfaction particulière quand elle est librement choisie. Pour Freud : « …le travail en tant que voie vers le bonheur, est peu apprécié par les hommes. […] La grande majorité ne travaille que poussée par la nécessité, et de cette aversion pour le travail découlent les problèmes sociaux les plus ardus. » La sublimation est un concept destiné à rendre compte du mécanisme par lequel l’homme peut se dépasser. « La clinique du travail suggère que lorsqu’elle est possible, la sublimation a des effets puissants sur la santé et que, lorsqu’elle est mise en impasse, elle peut avoir des effets très délétères sur le fonctionnement psychique et somatique ». Pour Christophe Dejours, la santé n’est pas un état de bien-être physique, psychique et social. Elle n’existe pas. Ce n’est pas un état. C’est un idéal, à jamais inaccessible. Compromis possible ? La normalité ! Mais de normalité à normalisation, il n’y a qu’un pas, dans la sphère du travail. Et plus encore dans celle du care où règnent la proximité, la fragilité, la vulnérabilité, la défaillance. On voit là la contradiction de la normalisation avec l’éthique du care et l’idéal universel de justice. La souffrance issue du management et de l’organisation du travail est longtemps restée à la porte des cabinets de psychologie. Il était plus facile de réduire le rapport subjectif au travail à des conflits relationnels entre personnes. « Les psychanalystes parfois sensibles à la clinique du travail ne savent pas comment entendre la parole des patients sur leur travail pour en comprendre le sens eu égard à l’économie psychique et de l’histoire de chaque individu ». Travailler n’est pas seulement produire, c’est aussi vivre avec des règles sociales de savoir-vivre, de respect de l’autre, de vivre-ensemble, de solidarité. Règles de travail et convivialité vont de pair. Pour coopérer, il faut aussi prendre des risques avec le jugement d’utilité, de beauté et d’originalité qui touche à l’identité. L’engagement de la subjectivité peut donc générer le meilleur comme le pire. Or, le New Public Management n’a que faire du sens que peut prendre la participation à une œuvre commune et au plaisir du travail bien fait. Dehors le collectif ! Vive la responsabilité personnelle. Exit l’équipe. Vive le chacun pour soi ! Nous voilà aux antipodes de la sublimation et c’est ainsi qu’apparaît la souffrance éthique et que se déplient les pathologies dépressives, avec en bout de chaîne des suicides. « Les organisations du travail qui empêchent la sublimation, comme le taylorisme ou l’évaluation individualisée des performances, sont délétères pour la santé mentale. Il ne peut pas y avoir de neutralité du travail vis-à-vis de la santé mentale. Ou bien il génère le meilleur par le truchement de la sublimation, ou bien il génère le pire, au point de pouvoir, via la souffrance éthique, conduire à la ruine de l’amour de soi et au passage à l’acte suicidaire. » La grande démission dont parlent les médias aujourd’hui, les difficultés pour embaucher dans les secteurs du service et notamment le sanitaire et le social, devraient inciter les décideurs, les gestionnaires, les managers, les politiques, à lire les bons livres des bons auteurs. En voilà un !
- Entretien choquant avec l'employeur ? C'est un accident du travail !
Un point sur les règles applicables en matière de reconnaissance d’accident du travail s’impose face à la réticence des Caisses Primaires d'Assurance Maladie à reconnaitre les accidents du travail de type moral, mental ou psychologique. La présomption d’imputabilité de l’accident au travail a pour effet de dispenser le salarié d’établir la preuve du lien de causalité entre l’accident et le contexte professionnel. Un article intéressant, factuel, étayé, facile à lire qui vous aidera à vous défendre et à faire reconnaitre vos droits. Rédigé par Sylvain Latargez, Avocat au Barreau de Grenoble et publié sur le site : Le village de la justice. A lire avec gourmandise.
- Harcèlement moral en entreprise. Comment le prouver ? Mais pas que...
La meilleure manière de comprendre le harcèlement moral en entreprise est d'analyser en premier le contexte qui, souvent favorise, voire organise sans même en avoir l'intention les conditions du harcèlement. L'analyse des caractères individuels n'est pas le bon chemin pour résoudre les tensions au travail. Ça ne viendra qu'en seconde intention pour aider les personnes à sortir de l'impasse ! Sinon, ça veut dire qu'on considère que les personnes sont habitées par le désir de harceler, et ça, c'est plutôt rare ! Tout comme il est rare d'embrasser naturellement et passionnément la position de victime. En attendant, suivez les conseils du Coin du salarié pour vous défendre à défaut de résoudre le problème et de surmonter l'obstacle.
- Le fabuleux monde de l'entreprise... Un docu pour comprendre... et en sortir ?
Burn out, perte de sens, "bullshit job" : des hommes et des femmes racontent comment leur travail tant rêvé s’est mué en cauchemar, à l’opposé de l’épanouissement attendu. Des récits touchants, qui questionnent. En 1944, le bureau des services stratégiques américain publie le Manuel de sabotage simple sur le terrain, un ouvrage destiné à couler n’importe quelle organisation ennemie de l’intérieur. Parmi les principes édictés, certains sont aujourd’hui largement employés dans les entreprises – un constat ironique, qui sert de point de départ à ce documentaire édifiant. Selon une étude, 25 % des collaborateurs agiraient à l’encontre des intérêts de leur entreprise, après avoir développé une véritable haine à l’égard de leur travail. À travers les récits d’hommes et de femmes qui ont vécu un burn out, le réalisateur finlandais John Webster plonge au cœur des dysfonctionnements qui rongent le monde de l’entreprise, et montre leurs effets néfastes sur les collaborateurs et la société tout entière. L’anthropologue David Graeber, mort en 2020 et auteur de Bullshit Jobs, et la chercheuse en psychologie Christina Maslach, spécialisée dans les troubles liés au stress au travail, éclairent ces témoignages de parenthèses théoriques enrichissantes. Un documentaire complet et nuancé, qui montre également comment certains tentent d'inventer l’entreprise du futur. Documentaire de John Webster (Finlande, 2022, 1h18mn) Disponible jusqu'au 13/12/2023
- Le désengagement salarial prend de l'ampleur : les managers doivent l'accepter.
Des employés « désertent discrètement » leur emploi (de l'expression « quiet quitting » en anglais). Des employés démotivés ? Non, plutôt des travailleurs qui s'adaptent aux pressions du lieu de travail. Ceux qui se désengagent discrètement dans leur travail peuvent être mal compris. Ils n'ignorent pas leurs responsabilités professionnelles : ils abandonnent l'idée de se surpasser au travail. Par exemple, les e-mails envoyés le soir resteront sans réponse jusqu'au lendemain, et l'idée d'aller boire un verre entre collègues après le travail devient aussi moins tentante : ces employés se concentrent davantage sur l'enrichissement de leur vie personnelle. Lire l'article sur le site ZDNET.FR
- LU. Les fossoyeurs
Victor Castanet, Les fossoyeurs, Éditions du Seuil, 2022. J’ai lu ce livre. Quelles questions pose-t-il vraiment ? Comment dépasser les sentiments que son contenu peut animer en chacun des lecteurs ? Quelles portes de sortie ou solutions est-il possible d’envisager ? Pourquoi est-il nécessaire de ne pas s’embourber dans un mode réactionnel prompt à générer des passions tristes ? Intervenant en Ehpad depuis quelques années déjà, j’ai souvent remué des questionnements qui transcendent des difficultés concrètes vécues de part et d’autre par les acteurs en fonction de la place qu’ils occupent dans un système bien compliqué et qui nous gouverne d’une certaine manière. Trois axes majeurs semblent indiquer où le bas blesse au niveau des relations sociales, prescrites par un système qui oblige, contraint, distord le sens premier de la relation pour en faire une utilité calculable. Sortir le soin du marché est un vœu formulé par le président de la République lors de l’annonce du premier confinement. Plutôt bien vu. Mais au-delà de l’annonce ? Sortir la subordination du contrat de travail pourrait être mal vu par les uns et bien vécu par d’autres. Mais rien ne bouge de ce côté-là. Sortir d’un rapport de domination la dépendance du soigné au soignant, semble rencontrer quelques résistances, alors que c’est à contre-courant de l’idée que l’on se fait du care. Comment en sortir ? Les seules Ehpad que j’ai professionnellement fréquentées et qui ne présentaient pas les stigmates de la dérive décrite par Victor Castanet étaient des établissements publics ou privés à but non lucratif. Étaient-ils pour autant des havres de paix et de bien-être ? Pas vraiment. La situation était moins grave, mais pas forcément de celles dont on peut rêver dans un monde idéal où le chiffre ne serait plus le sujet de la gouvernance. Quand l’objectif de l’intérêt ne sera plus uniquement financier, quand l’organisation des soins sera élaborée avec celles et ceux qui les dispensent, quand certaines directions de personnels sortiront de l’impasse du rapport de subordination en guise de toute-puissance, quand les conseils de la vie sociale seront autre chose que des chambres d’enregistrement ou des instances qui rappellent à chacun la place qu’il occupe pour qu’il n’en sorte pas, quand la vocation de la machine sera d’être au service de l’humain sans se contenter de verbeux et de verbiage sur papier glacé, quand le soin des aînés et des autres sera sorti du marché, de la finance, de la bourse et de la rapacité de ceux qui les dirigent, alors, peut-être qu’une lueur d’espoir vacillera au fond du tunnel sombre de ces jours sans fin qui ne sont pas des jours heureux. Si la forme des observations rapportées dans le livre figure le fond qui remonte à la surface, alors, les vraies questions sont d’ordre général avant d’être particulièrement traitées, au risque de passer à côté d’une transformation profonde et salutaire. Un livre qu’il faut lire pour ne pas s’en laisser conter par le menu. Car les détails du menu sont plutôt croustillants dans le livre Les fossoyeurs. On les retrouve un peu partout dans le secteur de l’aide à la personne, vieillissante ou handicapée. Par exemple, l’instrumentalisation des directeurs de terrain. Je l’ai vue dans une de ces structures médico-sociales où j’étais salarié et où, en moyenne, pendant dix ans un responsable a succédé à un autre tous les sept mois. La programmation militaire du timing des soins à la chaîne ? Idem, dans les mêmes conditions durant dix ans. Ça laisse le temps d’apprécier l’incurie ambiante. Des chefs de service qui souffrent sans s’interroger sur leurs conditions de travail et qui s’en sortent en stigmatisant l’activité de leurs équipes ? J’ai vu ça aussi. Des cadres d’un siège social qui débarquent en mode Men in Black dans une résidence qui vient d’être reprise par de nouveaux dirigeants ? Et qui agissent comme des tueurs à gages pour s’imposer sans passer par la case politesse et respect ? J’ai aussi vu ça de la part d’une fondation qui dispensait des vœux de bonheur à tous sur papier glacé en ne songeant qu’à son taux de croissance concurrentiel dans le secteur du handicap. Car là aussi se jouent des histoires de gros sous, l’air de rien… Pour comprendre ce qui s’organise, il faut à la fois illustrer, décrire le réel et traduire ce qui se passe et qu’on imagine à la marge, mais qui n’est en réalité pas du tout marginal. C’est le sens de l’histoire de notre société. Et le livre de Victor Castanet le démontre parfaitement. À lire absolument pour humer l’air du temps. Note de lecture à paraitre en avril 2022 dans le n°97 de la revue Pratiques "Les cahiers de la médecine utopique".
- LU. La justice au travail, d’Alain SUPIOT, Editions du Seuil, Collection Libelle, 57 p.
En peu de pages, ce grand théoricien du droit du travail, ce Professeur au Collège de France sait se mettre à la portée de toutes et tous pour nous dire enfin ce qui rend fou et malade au travail. Il nous offre une explication radicale des maux qui rongent notre société contemporaine. Il décrypte pour nous ce système délirant qui mène à l’abattoir sans qu’on n’ait le temps de hurler. La lecture de son texte procure un bien certain à tous ceux qui n’en peuvent plus de ne pas trouver les mots qui donnent du sens à la misère qui rampe. La justice est-elle au cœur de l’homme par nature ? Le Docteur Jean Itard la découvre et le rapporte dans son rapport de 1806 quand il constate que Victor, l’enfant sauvage trouvé en Aveyron et dont il s’occupe, éprouve de l’injustice sans en avoir conscience. Alain Supiot remonte le temps : l’exigence de justice au travail a été un moteur de la transformation des institutions. C’est pour y répondre qu’il y a 2500 ans Solon, qui est aux juristes ce qu’Abraham est aux religions du livre, adopta les réformes qui ouvrirent la voie à la démocratie athénienne. Et le premier acte de la fondation de cette démocratie fut de réduire l’injustice dans la répartition du travail et de ses fruits. D’un prodigieux bond dans le temps, Supiot nous explique qu’à l’échelle de la planète, après les grands massacres des deux guerres mondiales, on s’est efforcé de fonder la paix sur la justice. Il n’y a qu’à lire les deux premiers attendus du préambule de la Constitution de l’Organisation internationale du travail adoptée à Versailles en 1919 : 1) Une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale. 2) Il existe des conditions de travail impliquant pour un grand nombre de personnes l’injustice, la misère et les privations, ce qui engendre un tel mécontentement que la paix et l’harmonie universelle sont mises en danger. Puis, en 1944, la Déclaration de Philadelphie la réitère : "Une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale." L’auteur enfonce le clou : De Solon aux gilets jaunes, quand l’injustice dépasse certaines bornes, elle engendre inévitablement des révoltes et menace la paix. La violence captée par des démagogues écrit-il, peut être dirigée contre des boucs émissaires. Tiens, ça sent l’actualité… Pas de paix durable donc sans justice sociale. Première leçon de l’histoire. Quand deux gamins se disputent, ils ont besoin d’un tiers pour que le différent ne dégénère en pugilat. Il faut pouvoir se référer à une même langue, à une même loi, à un même juge. La justice suppose donc la ternarité. Attention, petit virage : notre imaginaire numérique contemporain qui est binaire, tend à substituer la gouvernance par les nombres au règne de la loi. Le virage est pris. Autre leçon de l’histoire : on retrouve les figures de ce tiers nécessaire dans les livres sacrés, les Déclarations internationales ou les Constitutions nationales. En résumé nous dit l’auteur : La justice procède de la capacité propre à l’espèce humaine de se représenter, au-delà du monde tel qu’il est, un monde tel qu’il devrait être et de travailler à sa réalisation. Et de poursuivre : La justice est à la fois une limite à observer et la marque d’un au-delà, d’un devoir-être vers lequel tendre. C’est en cela qu’elle est un effort constant et perpétuel ; c’est en ce sens qu’elle est toujours au travail. Droit de grève, négociation, liberté syndicale sont des mécanismes pour convertir les rapports de force en rapports de droit dans la quête de justice, nécessairement tâtonnante. Toute chose qu’on ne trouve pas dans les régimes totalitaires. La globalisation néolibérale avec son ordre gestionnaire n’a pas de règle avec une vision commune de la justice. Elle n’est qu’une vaste entreprise gouvernable par les nombres. L’horizon politique n’est plus qu’une conception managériale de la conduite des affaires humaines. En France, la justice sociale repose sur trois piliers : les services publics, la sécurité sociale et le droit du travail. Tous les partis de gouvernement ayant cédé au crédo néolibéral se sont donnés pour tâche de sortir de 1945 et de défaire le programme du CNR en renversant ces trois piliers. Quand, en 1994 est crée l’OMC la guerre économique sans merci a remplacé le désir de justice en soustrayant l’ordre du marché à toute interférence démocratique visant la justice sociale. Ce que reflète le Traité de Maastricht. L’ordre économique avant la justice sociale. C’est tellement rentré dans les esprits qu’on a entendu concernant la vaccination : On peut débattre de tout, sauf des chiffres. Un interdit sans fondement scientifique… Réduction du périmètre de la démocratie et place aux normes techniques sans discussion possible… Le gouvernement des personnes faisant place à l’administration des choses… L’ordre spontané du marché servant de boussole… L’économie comportementale amenant les pauvres à se bien comporter plutôt que de s’interroger sur la justice de ce monde… Apprentissage et dressage achevant d’enfermer l’individu dans un fatalisme social. L’idée d’adapter les êtres humains à un ordre immanent qui les dépasse a été commune aux théoriciens du néolibéralisme et à ceux de l’intelligence artificielle. Un nouveau modèle scientifique a supplanté le taylorisme : celui de la gouvernance par les nombres. Temps de travail contre montant du salaire versus sécurité économique contre perte de liberté dans le travail, lui-même identifié à l’emploi… Privatisation et paupérisation des services publiques, ouverture à l’assurance privée des marchés lucratifs de la santé et des pensions de retraites, soumission des prestations familiales à des conditions de ressources faisant basculer le système de la solidarité vers la charité publique et libérer le marché des rigidités. Contractualisation généralisée de tous les statuts professionnels. Bref, comme l’écrit Alain Supiot : Cette programmation conduit à des formes inédites de déshumanisation. Au déni de pensée des ouvriers du taylorisme a succédé le déni de réalité dont souffrent les travailleurs programmés pour satisfaire des indicateurs de performance coupés de l’expérience concrète de la tâche. D’où une montée spectaculaire des troubles psychiques et du mal-être au travail, dont le nombre en France a été multiplié par 7 en cinq ans, de 2012 à 2017. Supiot démontre que la gestion de l’obligation vaccinale contre le Covid-19 illustre cette appétence pour un dressage comportementaliste qui dispense du respect du Droit et métamorphose les citoyens en chiens de Pavlov. Pendant que le travail sous plateforme fait ressurgir la structure du servage. La souffrance au travail ne résulte pas seulement de la faiblesse de leurs revenus mais aussi du fossé entre les impératifs d’autonomie et de responsabilité et la réalité de la dépendance. Et le pire, c’est qu’on leur impute les conséquences écologiques et sanitaires d’un travail sur lequel ils ont perdu tout contrôle. Voilà bien les caractéristiques d’une économie néolibérale. Défaire des solidarités édifiées sur des bases démocratiques ne peut conduire qu’à des solidarités fondées sur des sentiments d’appartenance communautaire (religion, race, couleur de peau, orientation sexuelle…). Emerge ainsi « un sentiment inguérissable de victimisation » qu’avait observé Ricœur. Un principe d’égale dignité des êtres humains semble manquer à travers la reconnaissance du sens et du contenu du travail accompli, reconnaissance en termes de considération et de gratitude. Assimiler le travailleur à une machine n'y conduit pas. Bien travailler n’est pas se soumettre à un pouvoir qui prétend dicter des conduites, mais à une autorité légitimant l’expression des habiletés. Ceux qui travaillent devraient pourvoir participer à la direction des entreprises. Et d’ajouter plus loin : Il ne faut pas s’étonner que les gens ordinaires se désinvestissent d’un travail devenu pathogène à force d’être vidé de son sens par la gouvernance par les nombres et la contrainte de rendements décorrélés de l’expérience concrète de la tâche à accomplir. Enfin, le périmètre de la justice sociale ne peut plus être cantonné aux questions de prix et de durée du travail, à la logique quantitative du marché. La justice au travail exige que les travailleurs aient leur mot à dire sur l’utilité et l’innocuité de leur travail, sur ce qu’ils font et la façon dont ils le font. Conclusion de Simone Weil : quand il s’agit de penser la justice, l’intelligence d’un ouvrier ou d’un paysan est mieux outillée que celle d’un normalien, d’un polytechnicien ou d’un élève des Sciences politiques. Ce petit livre en dit long sur l’actualité de notre monde pour nous aider à le penser avec des mots simples et des idées claires. Alain Supiot, La Justice au travail. Quelques leçons de l'histoire, Le Seuil, 2022 - EAN 9782021509311
- LU. LQI, Notre Langue Quotidienne Informatisée
Les Belles Lettres, un joli nom jamais trahi. L’éditeur bien inspiré vient de publier le livre du psychanalyste Yann Diener : LQI, Notre Langue Quotidienne informatisée. Et nous le serions tous de lire ces pages en urgence. Petit, mais pas des moindres, ce livre de cent pages surprend par sa densité. L’auteur explore la manière dont notre langage est colonisé depuis quelque temps par des formes de communication issues de l’informatique et qui amenuisent fortement nos capacités d’échanges par la parole. Diener s’agrippe à l’étymologie des termes qu’il emploie pour nous dire l’épaisseur, la profondeur, le danger même de ce qui nous transforme et modifie nos échanges, nos perceptions, nos rapports sociaux.Je regrette juste qu’il n’ait pas pensé à Vygotski… La démonstration débute avec ces mots de passe et ces identifiants qui envahissent nos vies et se multiplient à l’infini au point qu’on les oublie comme autant d’actes manqués. Il n’en fallait pas plus pour établir un lien avec ce qu’a développé Freud dans son livre Psychopathologie de la vie quotidienne. Au point d’en venir à écrire qu’on ne pourra bientôt peut-être plus « faire la différence entre la parole et la communication dont se contentent les abeilles, les ordinateurs et les DRH. » Yann Diener émet l’hypothèse que « l’omniprésence du codage est la marque d’un traumatisme ». En linguistique, rappelle-t-il, « on différencie la parole et le code du langage ». Après ce hors-d’œuvre intellectuel, l’auteur se tourne du côté de l’histoire pour visiter le parcours d’Alan Turing, le premier à écrire un programme informatique et surtout célèbre pour avoir cassé le code nazi de la machine Enigma réputé inviolable. « Code nazi » étant un raccourci pour : « le code que les nazis utilisent pour crypter leurs communications ». « Quand on dit : “je n’ai pas les codes”, c’est aussi pour indiquer qu’on est mal à l’aise avec un certain groupe social », rappelle Diener. Et d’ajouter : « Sommes-nous plus à l’aise avec le nazisme depuis que nous avons saisi le code nazi ? » Aujourd’hui, il y a des codes partout et pour tout, constate Diener. Pour preuve : le même système est utilisé pour coder le DSM (Diagnostic and Statistic Manuel of mental disorders) et les surgelés Picard. Par exemple : 14.5 = trouble psychotique = 12 boulettes de viande hachée ou bien : 40.1 = phobie sociale = potage lyonnais. Étonnant, non ? Et la démonstration se développe jusqu’à l’énigme que le sphinx pose à Œdipe dans les temps reculés de l’Antiquité grecque, dans la région de Thèbes,en Béotie. Aujourd’hui, nous dit Diener,nous croulons sous des montagnes de savoirs et d’informations, mais cela ne nous empêche pas de fermer les yeux sur quelques vérités brûlantes,et d’alimenter notre passion de l’ignorance en organisant un épais brouillard linguistique. L’histoire de l’informatique est fondatrice de notre époque d’obscurantisme hi-tech. « Cette technologie, qui organise tous les secteurs de la vie humaine, trouve certaines de ses racines dans la paranoïa nazie. »… « Nous codons de plus en plus et nous parlons de moins en moins. » Le codage pur fait barrage au second degré et empêche les mots d’esprit. En guise de raccourci : Sigmund Freud avait inventé un dispositif pour déchiffrer le langage de l’inconscient et Alan Turing une machine pour chiffrer la réalité. Quant à Champollion, en déchiffrant les hiéroglyphes, en saisissant la prévalence du signifiant sur le signifié, il a fait une syncope ! C’est que la chose a son importance ! Comme la richesse de ce livre. C’est qu’on en voit défiler du monde dans les pages de Monsieur Diener. Barthes, Lacan, Bourdieu… on dirait que l’auteur ne se lasse pas de tirer les fils de ses associations. Après la guerre,Turing poursuit son aventure aux États-Unis où il code la voix pour mieux la transporter. De son côté, IBM demande conseil à un philologue français, Jacques Perret, pour nommer cette chose qu’on appelle un ordinateur. C’était hier, en 1955. « L’informatique est née et s’est développée dans le champ du langage.» Sur un ton primesautier, Diener ajoute : « Tiens, ça me rappelle que Victor Klemperer, l’auteur de LTI, cette étude majeure sur la construction de la langue du IIIe Reich, était lui aussi philologue. » Dès l’accession d’Hitler au pouvoir,il consigne dans son journal les changements que le régime impose au sens des mots. Son livre permet de comprendre comment la langue allemande, par la langue du IIIe Reich, a été réduite à un outil de domestication politique. ... Yann Diener, LQI, Notre Langue Quotidienne Informatisée, éditions Les Belles Lettres, février 2022. Une note de lecture de Lionel Leroi-Cagniart, psychologue du réseau Souffrance et Travail.com, pour la revue Pratiques. "Cahiers de la médecine utopique" n°97. Avril 2022 Télécharger l'intégralité du texte
- LU. Pour avoir les idées claires sur les thérapies qu'on vous propose..
Thierry Jobard, Contre le développement personnel, Rue de l’échiquier, collection Authentique et toc, 2021 Par les temps qui courent à la vitesse d’une mondialisation qui ne nous demande pas notre avis, bien au contraire, les petits livres tout en concision ont le vent en poupe. Un peu comme les thérapies brèves. À la manière de ce qui relève du prémâché. Du contreplaqué. Du meuble pour un temps. Celui d’une mode. Thierry Jobard réussit le tour de force d’une démonstration radicale. Le titre de son livre de 85 pages dit tout d’un coup : Contre le développement personnel. En à peine moins de signes, j’aurais bien aimé : La passion de la baliverne. Thierry Jobard qualifie le développement personnel (DP) de mode. Donc, ça passera. Rassurant ? Voire. Car ce qu’il révèle de notre condition dans ce monde au présent fait frémir. Tout part, ou à peu près, de la psychologie positive. Aujourd’hui, on prend une tranche de DP comme on avalait une dose de LSD. Ça promet beaucoup, ça contente à bon compte, ça procure une jouissance sans effort, ça travaille à notre place. Il suffit d’y croire et de se laisser porter. Pour prendre la direction de la baliverne, il suffit de lire les indications sur les panneaux : Écouter son ressenti, vivre selon son cœur, cultiver de vrais liens, croire en soi… Le marché de la psychologie positive (ils n’ont pas osé « négative »), science positive s’il en est, a le vent en poupe et charrie le bois mort de la spiritualité New Age, de la PNL, de l’analyse transactionnelle, de la méditation, de la sylvothérapie, du coloriage et de la pâte à modeler. Sans oublier le coaching. Il promet d’être plus performant et plus épanoui dans son travail. L’auteur a-t-il eu l’idée de ce thème en portant les cartons de livres sur le sujet au rayon sciences humaines de la librairie strasbourgeoise où il est responsable ? La clé de sa motivation relève-t-elle d’un mal de dos ? L’inflation de parutions sur le sujet dessine une courbe qui suit de près celle du niveau de désespérance dans nos sociétés avachies. L’approche utilitariste du « bonheur » abaisse le niveau d’exigence. Déclassé en « bien-être » dans les entreprises, il nous semble plus atteignable à nous petits occidentaux fatigués de nous-mêmes. La proposition issue du DP découle de questions confondues en promesses et finit en réponses de Normand : atteindre ce à quoi nous aspirons tous. Joie, paix, sérénité, santé, réalisation de nos rêves et de nos aspirations. Lors de stages, rassemblements ou workshops, ceux qui se sont demandé : « qu’est-ce que je fous là ? » ne sont peut-être pas les plus à plaindre. Dans ce contexte, quand le doute se présente, c’est peut-être un signe de bonne santé, Cf. Descartes et le doute méthodique « je pense ». Pour Hegel : « Ou le bonheur n’existe pas, ou c’est un bon café pris en plein air. » Le bonheur, c’est la bonne heure. Merci de le rappeler. Elles sont belles les promesses au tableau du DP. Un vrai power point : accéder au trésor intérieur. En prendre conscience et l’utiliser. Le moi secret. Le moi intérieur. Le moi authentique et toc. Ça veut dire ce qu’on veut bien entendre. Un genre de truc qui flatte aux oreilles. On ne sait pas quoi, mais on devine un truc. Si on se tourne vers des philosophes qui se sont donné un peu de peine pour déchiffrer, on croise Hume qui précise : « Je ne peux à aucun moment m’apercevoir moi-même sans une perception, et ne peux jamais rien observer sinon la perception. » Il va falloir réfléchir. Aïe ! Avec le DP, tout me semblait simple, léger, facile. La preuve ? La pensée positive du développement personnel peut se résumer ainsi : une réalité vous gêne ? Faites comme si elle n’existait pas. Le DPiste, nous dit l’auteur, vous dira de regarder le doigt quand il vous montrera la lune. Pourquoi douter ? Le DP s’occupe des gens bien portants. Ça ne veut pas dire équilibré. « L’objectif n’est pas de changer, mais de devenir qui on est », de « maîtriser la formule du succès » et de « dépasser ses croyances limitantes », dixit Anthony Robbins dans ses séminaires auxquels vous pouvez vous inscrire pour quelques centaines d’euros. Vous aurez l’occasion de « devenir la meilleure version de vous-même » pour être capable de changer, de s’adapter, de vous développer et d’évoluer ». Pourquoi ? Pour qui ? Évitez de poser la question. Vous pourriez commencer à piger dans quel monde vous vivez. Le livre de Thierry Jobard est un bon guide ! A paraître dans le numéro 99 de la revue Pratiques, Les cahiers de la médecine utopique.
- Mortalité au travail. Des chiffres et des lettres
La Confédération européenne des syndicats (CES) a publié le 28 avril 2022 une enquête consacrée à la mortalité au travail. La France affiche le deuxième taux de mortalité rapporté à la population au travail. Avec une progression constante du nombre de morts au travail de 2010 à 2019 (de 537 à 803). Une estimation systématiquement minorée dans les chiffres officiels. Quelques réactions n’ont pas saturé les ondes, ni les réseaux sociaux. Révélateur du peu d’intérêt porté à la santé au travail dans notre pays ? Un article très complet sur le site Travailler au futur.
- Pourquoi sensibiliser les acteurs de l’entreprise au harcèlement moral ?
Le harcèlement moral touche entre 22 et 30% de la population française active selon les enquêtes réalisées. Ces chiffres sont en constante augmentation. On retrouve la même croissance, d’année en année, des agissements hostiles et situation de travail ayant entraîné des lésions psychiques et des maladies professionnelles dans les chiffres publiés par la sécurité sociale au niveau des accidents du travail. Les dysfonctionnements ou les problèmes organisationnels dans l’entreprise peuvent conduire à une dégradation des relations de travail entre les salariés et engendrer des tensions. Quand elles ne sont pas gérées, ces tensions dégénèrent parfois en violence. Ne pas pouvoir faire correctement son travail, manquer d’autonomie, de marges de manœuvre et /ou subir des contraintes de rythmes ou d’horaires de travail, participent à la situation dégradée rencontrée par le salarié. L’absence de soutien social, de solidarité, de contre-pouvoir dans l’entreprise jouent également un rôle, à la fois sur la survenue de ces violences et sur la capacité des salariés à y faire face. Les différentes formes de violences internes au travail peuvent avoir des répercussions importantes et rapides sur la santé physique et psychologique des salariés qui en sont victimes. Elles peuvent également affecter la productivité globale et l’ambiance générale de l’entreprise. Alors pourquoi est-il important d’agir contre le harcèlement moral ? De sensibiliser les salariés au harcèlement moral au travail ? Comment reconnaître une situation que l‘on pourrait qualifier de harcèlement moral ? Quels sont le cadre légal et les sanctions encourues ? Pourquoi est-il indispensable d’agir contre le harcèlement moral dans l’entreprise ? Principalement pour des raisons de santé et de sécurité des salariés, parfois de productivité et de responsabilité civile et pénale de l’employeur en particulier. D’un point de vue de santé, une situation de harcèlement peut provoquer dans un premier temps des symptômes de stress : nervosité, irritabilité, anxiété, troubles du sommeil, brûlures d’estomac, hypertension artérielle, douleurs musculaires, hypervigilance ou hyperactivité, fatigue, consommation d’alcool ou de psychotropes (médicaments ou drogues), etc. Quand cette situation perdure, sans aucun soutien ou prise en compte, ces symptômes peuvent se transformer au bout de quelques mois en troubles psychiques ou somatiques avérés, parfois au suicide ; Pour des raisons de responsabilité de l’employeur à qui il incombe (code du travail) de préserver la santé physique et mentale des salariés de l’entreprise. L’employeur a carte blanche dans le choix des moyens à mettre en œuvre pour prévenir et sensibiliser les salariés à ce genre d’agissements. La littérature scientifique sur le travail a depuis longtemps élaboré des études et réflexions, des outils pour aider les employeurs et ceux chargés de concevoir et mettre en œuvre les organisations du travail dans l’entreprise, appréhender ces situations et les prévenir, en particulier dans le cadre de l’évaluation des risques. (Rapport Gollac – Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser par exemple). Définition du harcèlement moral Le harcèlement moral constitue une des formes de violence interne que l’on peut rencontrer sur les lieux de travail, dans les entreprises. Cette violence psychique et parfois physique correspond non seulement à des situations de harcèlement moral ou sexuel mais également à des situations de conflits exacerbés entre collègues, équipes de travail, etc. Le code du travail et le code pénal définissent le harcèlement moral au travail comme des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet d’entraîner, pour la personne qui les subit, une dégradation de ses conditions de travail susceptible : de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel Comment reconnaître une situation de harcèlement moral ? Trois conditions sont nécessaires et cumulatives pour reconnaître une situation de harcèlement moral : Des agissements répétés (au minimum deux) ; ET une dégradation des conditions de travail ; ET une atteinte aux droits ou à la santé de la victime des agissements (réalisée ou susceptible d’être réalisée). La jurisprudence est venue préciser et renforcer les contours de cette définition, notamment par rapport au caractère intentionnel ou non, au nombre d’agissements, à la nature des agissements, au harcèlement moral organisationnel ou institutionnel. Conduite vexatoire ; Caractère répétitif ou une seule conduite grave ; Paroles, gestes ou atteinte à la dignité ou à l’intégrité du salarié ; Détournement du pouvoir d’organisation du travail ; Quelles sanctions à l’encontre de ces comportements ? En matière de justice prud’homale, la reconnaissance du harcèlement moral par les juges entraîne la nullité du licenciement et ne fait pas l’objet de plafonnement en matière d’indemnités. Pour les accidents du travail et maladies à caractère professionnel, cela peut constituer une faute inexcusable de l’employeur. De plus, l’employeur est en obligation de sanctionner un salarié coupable de harcèlement moral. Celui qui ne le ferait pas n’a pas assuré son obligation de sécurité de résultat et peut être accusé de négligence. Pourquoi faut-il sensibiliser ses salariés au harcèlement au travail ? Sensibiliser et former ses salariés sur ces sujets permet de diminuer le risque que ce genre de comportements se produise ou se reproduise par la suite. Les collaborateurs reconnaîtront plus facilement ce genre d’agissements et seront comme réagir qu’ils soient victimes ou témoins. Cela peut participer également aux moyens mis en œuvre par l’employeur pour prévenir de ce risque et permettre dans certaines conditions d’en atténuer la responsabilité. Au-delà d’être une obligation pour l’entreprise, il permet d’assurer la bonne santé des travailleurs ainsi qu’une meilleure productivité collective. Work and play et Souffrance et Travail : la formation Blended Learning sur le harcèlement moral Work and play et Souffrance et Travail ont créé un support sous forme de Serious Game, accompagné d’une formation spécialement conçue pour le harcèlement moral au travail. Cette formation comporte 5 scénarios différents. Chaque mission fera découvrir aux apprenants un point de vue différent pour mieux comprendre ce qu’est le harcèlement moral et leur donnera, à travers de nombreux petits jeux, des éléments concrets pour agir face à de telles situations, en endossant les rôles de dirigeant, collègue, enquêteur interne, accusé ou victime. Ils vivront cinq aventures dont ils seront les acteurs. Prêts ? A vous de jouer ! Vous pouvez tester la démo ici
- C’est comme ça. Et pour longtemps
Nous rions des bons mots des enfants et nous moquons de leur logique, de leur capacité de déduction, de leur virtuosité langagière. Nous devrions pleurer d’avoir perdu ces qualités. Il est temps de leur expliquer ce qui ne va pas dans nos échanges d’adultes. Par Lionel Leroi-Cagniart, Psychologue du travail, membre du réseau souffrance-et-travail.com, pour la revue Pratiques. C’est comme ça! Ma tante formulait des reproches sans expliquer leur fondement. Le fromage ne se coupe que dans un sens. Elle maîtrisait l’art de la table et du service. Contester ces «bonnes manières» nous exposait à être traité de forts-en-thème. C’est comme ça ! À elle la morale, à elle la vertu. Comme dirait Sandra Lucbert, dont je picore les formules avec délectation : « Les figures de style en imposent […] et nous laissent cauchemarder dans leurs mots inversés […] Envelopper d’abscons […] Expliquer par l’incompréhensible […] Ils nous entortillent dans l’impuissance de vérités impersonnelles […] Des vérités qui s’entredémolissent avec des phrases effondrées. » En 2000, le système de santé français était premier au classement. En 2020, il a dégringolé seizième – l’efficacité, sûrement. ... « Un enfant est mort à la maternité de Die. Un vrai drame, moui, sans doute, mais on peut aussi mourir dans un hôpital parce qu’il est trop petit, répond l’homme politique. Quand on raisonne en conte, l’inhumain n’est jamais loin », conclut Sandra. Et de poursuivre: « Les normes… Pour avoir plus de sécurité, il faut organiser le désert hospitalier. C’est tous les jours la nuit dans le néolibéralisme. Plus aucune limite sérieuse. On enfonce les Codes du travail, on éparpille les outils de redistribution, on gaze les mécontents… Dépouiller l’État, l’évider, le remplacer autant qu’on peut par le marché. On dit qu’il faut réduire la dépense publique et la place est faite pour le marché. On répète que LaDettePubliqueC’estMal et CessonsD’arroserLeSable. » ... La suite de l'article en téléchargement ci-dessous Article publié dans la revue Pratiques n°98 Mots dits soient et mal y pansent
- LU : La novlangue managériale. Emprise et résistance
Agnès Vandevelde-Rougale, La novlangue managériale. Emprise et résistance, Éditions érès, 2017. La novlangue managériale agit tel un virus au service d’une subordination des travailleurs au Dieu néolibéral. Agnès Vandevelde-Rougale, socio-anthropologue publie sa thèse de doctorat à destination du grand public aux éditions érès en 2017. Elle est sous-titrée Emprise et résistance. Comment passer à côté de ce livre sans le repérer et lui accorder la place qu’il mérite dans le thème de ce numéro? Son apport principal relève de sa capacité à nous faire entrevoir le contexte des mots et leur usage souvent détourné pour rentabiliser la carcasse humaine sans en avoir l’air. Ce livre relève le défi de rendre clair un raisonnement que la novlangue s’ingénie à brouiller. C’en est presque mathématique. Comme une équation à quatre inconnues. L’individu, et sa subjectivité, vivant et pensant avec les mots de l’ordinaire, de sa langue vernaculaire. En parallèle, l’entreprise, et son organisation, qui instrumentalisent l’homme en le dévitalisant par l’usage d’une novlangue qui le déconnecte, le débranche de ses capacités à se penser. Victor Klemperer, philologue allemand, avait proposé la métaphore de l’empoisonnement des esprits par la « langue nazie », avançant que, « les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ». Agnès Vandevelde-Rougale mobilise une métaphore biologique et médicale, celle de l’infection virale. Son travail de recherche rend compte d’un processus d’intériorisation du discours managérial constitué en novlangue managériale. L’auteur ne s’y trompe pas quand elle postule que la métaphore de l’infection virale se veut un écho critique d’une pratique actuelle qui tend à renvoyer des problématiques psychosociales telle que la souffrance au travail à la sphère médicale. En effet, la souffrance au travail est d’abord prise en charge par le médecin généraliste quand il prescrit un arrêt de travail pour soustraire le travailleur à une situation nocive. Ou quand le médecin du travail requiert un reclassement ou déclare une inaptitude. Ou quand le psychiatre offre un appui médicamenteux et parfois psychologique pour tenir. Ou quand le psychothérapeute se penche sur les particularités de la personnalité, renvoyant les causes de la souffrance au travail à la sphère privée du sujet qui cherche à socialiser une souffrance impossible à partager avec les mots de l’entreprise qui colonisent la pensée en structurant une incapacité à dire. Georges Orwell décrivait un monde totalisant inquiétant dans son roman 1984. Aujourd’hui, finie l’inquiétude. La novlangue managériale véhicule une sorte d’impensé qui s’impose comme une évidence. Par exemple, il ne vient à l’idée de personne de contester les termes de compétition, de performance, d’évaluation, de référentiel, de script, de mérite individuel, de savoir-être, d’efficience, de mutualisation, de gouvernance… Le virus est donc installé et les émotions de chacun anesthésiées. La novlangue managériale chloroforme la critique et fige la réflexion. Les capacités de symbolisation sont amputées et ne peuvent résister à la vision du monde qui leur est imposée. À tel point, d’ailleurs, qu’on en vient à parler ordinairement comme si notre quotidien était vérolé par le langage de la firme : on gère ses enfants. On optimise ses chances. On rentabilise ses vacances… ... La suite de l'article de Lionel Leroi-Cagniart en téléchargement juste en-dessous ! Article publié dans le n° 98 de la revue "Pratiques", Mots dits soient et mal y pansent de juillet 2022
- Comment sortir du brown-out ?
C'est le dernier avatar de la souffrance au travail, quand le sentiment d'inutilité peut conduire à la dépression. Loin d'un concept à la mode, le phénomène est à prendre au sérieux. Un dossier de Santé Magazine de Mars 2017 avec l'intervention de Marie Auberger, conseillère d'orientation psychologique, Lionel Leroi-Cagniart, psychologue du travail, et Danièle Ruffet, consultante et psychothérapeute.
- Des employeurs tentent de s’adapter aux exigences de la génération Z
Afin d’attirer les salariés nés après 1996, des entreprises repensent complètement leur organisation en fonction des nouvelles aspirations en matière de temps de travail, de flexibilité et d’évolution de carrière. Des piercings, des tatouages et des cheveux colorés... Ces salariés veulent également des politiques d’entreprise et des programmes offrant un support sur le plan de la santé mentale et favorisant une évolution professionnelle, ainsi qu’un environnement de travail qui encourage la diversité, l’équité et l’inclusion. Lire l'article sur le site de Courrier International
- Comment bien vivre son départ à la retraite
Le départ à la retraite signe la fin de la vie professionnelle. Pour certains, c’est une libération, pour d’autres, c’est le grand flou. Pour que cette transition se passe le mieux possible, il est essentiel de prendre du temps pour la préparer. Après avoir travaillé pendant des années, l’arrivée de la retraite est un mélange de soulagement et d’anxiété. Pour beaucoup, il s’agit de savoir profiter de ce temps libre tant désiré. Pour d’autres, la transition est plus compliquée et implique une remise en question totale : réorganisation de la vie de couple et grand flou face à l’avenir. Pour éviter de perdre confiance en soi et de basculer dans la déprime, il est nécessaire d’anticiper ce moment. Replay du mercredi 10 août 2022. 31 minutes d'écoute Une émission de Bintily Diallo
- Ce que travailler veut dire
Apparu tardivement et recouvrant des réalités très différentes, le terme de travail s’est vu donner des sens aussi multiples que contradictoires. Sa définition est l’objet de luttes qui montrent justement l’importance de l’enjeu. L’avenir du travail serait donc en question. On mélange souvent des notions différentes : statut, emploi et travail. Qu’est-ce que je fais quand je travaille ? Cette notion, si centrale dans nos vies et pour notre identité, ne se laisse pas facilement attraper par une définition. Quand on remonte les siècles à la recherche de sa genèse, on découvre qu’elle est en réalité très récente. Les Grecs anciens, nous apprend l’historien Jean-Pierre Vernant, avaient des termes pour désigner l’effort, les tâches, les métiers, le savoir-faire… mais pas pour désigner le travail. Le travail ne constituait tout simplement pas une catégorie de pensée séparée dans les sociétés précapitalistes. A l'heure où les mots employés par "nos" dirigeants tordent le cou au sens commun... et nous font parfois tourner en bourrique. Un court article intéressant de Laura Raim pour le site Regard.fr
- Le télétravail. On l'adore ou le déteste.
Quatre pages à destination d'un large public. Un dossier de Julie Giorgetta dans ce n°3 du trimestriel Tout savoir - Bien être en kiosque depuis le 31 juillet 2022. Depuis 2020, le télétravail s'est généralisé. Certains ne peuvent plus s'en passer. D'autres l'ont en horreur. Des conseils très pratiques pour cerner le sujet et trouver des idées pour réagir en fonction de ce que l'on vit en télétravail. Retrouvez les 3 autres pages du dossier consacré au télétravail dans la version papier disponible en kiosque, dont le sujet principal traite de la santé du ventre en 160 pages.
- Des Garçons et des Cirques. Mineurs délinquants en centre éducatif renforcé
Lionel Leroi, éditions du Sextant, 2007;224 pages, 16 € - ISBN : 978-2-84978-019-0 Alors que la loi sur les mineurs multirécidivistes a été votée en juillet 2007, ce livre nous plonge dans la vie quotidienne d'un éducateur. À peine embauché par un Centre Educatif Renforcé (CER), le narrateur, un ancien animateur de banlieue, ne s'attendait pas à cette course épuisante contre la montre : des tribunaux aux cirques, il sillonne la France dans tous les sens, de jour comme de nuit. Le ton avait pourtant été donné dès le premier entretien par la directrice: " Nous travaillons avec une douzaine de cirques. L'itinérance représente une particularité (…) Elle est constituée de galères éprouvantes. Entre le montage et le démontage du chapiteau, les répétitions des numéros, l'organisation des spectacles, les représentations, les déplacements (…) Les jeunes ont entre 15 et 18 ans, ils vivent avec les circassiens avec où sans éducateurs. (…) Par notre intermédiaire, la société civile a pris le relais des institutions dépassées par le phénomène de la délinquance. L'éducation renforcée est portée par une décision judiciaire comme une alternative : c'est ça ou la détention. Après une garde à vue, le jeune est à la fois épuisé et révolté (…) Nous ne devons pas le rassurer. On ne recherche pas l'adhésion. Devant le magistrat, le consentement est de pure forme. Il n'y a rien à discuter. " Ce livre sensible et personnel ne manquera pas d'élargir le débat : comment prévenir la récidive des jeunes délinquants ? L'auteur : Né en 1962, Lionel Leroi-Cagniart, originaire de Tarbes, est psychologue du travail et vit entre Paris et Uzeste. Il a longtemps travaillé comme animateur de banlieue. Chevalier des Arts et Lettres.
- Violences indicibles versus souffrances invisibles
Psychologues & Psychologies, Bulletin n°256, juin 2018 : Violences 2. Les violences institutionnelles Dans un billet d’humeur, je décris l’évolution d’un monde du travail apparemment de plus en plus sécurisé puisque les risques psycho sociaux ont progressivement remplacé les accidents du travail et maladies professionnelles, dévolus au quart monde… Et pourtant… ces risques psycho sociaux multiples sont tout aussi toxiques : humiliations, relégations, disqualifications, burn-out affectent les esprits et les corps, jusqu’au suicide parfois. Article disponible sur le site Psychologues & Psychologies, Bulletin n°256, juin 2018 : Violences 2. Les violences institutionnelles




















